Après l’affaire Bétharram, d’autres établissements catholiques du Sud-Ouest visés par de nouveaux témoignages

 Par Avec AFP, publié le

Nouvelles plaintes, nouveaux témoignages : l’affaire des violences physiques et sexuelles à Notre-Dame-de-Bétharram libère la parole pour dénoncer des dérives dans l’enseignement catholique. Notamment dans les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées et les Landes.

« Violentés »

Le diocèse d’Aire-et-Dax dans les Landes a confirmé avoir reçu deux « signalements » fin 2021 concernant le collège Cendrillon de Dax, après la publication de témoignages d’anciens élèves.

Laurent, 68 ans, scolarisé dans cet établissement en 1974, a fait état auprès de l’AFP de « branlées, coups de poing, baffes sur la tête », indiquant avoir subi des violences physiques de « curés, pions et surveillants généraux ».

« Au dortoir il y avait un temps fixe pour se mettre au lit, extinction des feux qu’on soit au lit ou pas encore couchés, puis la lumière se rallumait et les sévices tombaient », raconte-t-il.

Nouveau collectif de victimes

Un collectif de victimes de l’établissement Saint-François Xavier à Ustaritz a vu le jour sur Facebook. « Quand j’ai lu les témoignages des victimes de Bétharram, j’ai compris que j’avais vécu la même chose », témoigne Gilles, 63 ans, ancien élève dans les années 1970.

« On étaient privés de nourriture et violentés », dit-il. En décrivant la punition de la règle en bois, qui consistait à s’agenouiller sur une petite règle « devant la porte d’un curé et à apprendre par cœur une leçon. J’ai souvenir de ne plus réussir à me lever ». Cyril Ganne, 51 ans, a adressé une plainte au procureur de Pau le 17 février, pour des violences subies à Bétharram entre 1987 et 1991, et pour un viol commis par un élève plus âgé à Saint-François Xavier à Ustaritz, en 1983. « Il fallait que je dise ce qui est arrivé », confie-t-il.

Des récits concernant d’autres établissements en France ont commencé à fleurir ces derniers jours, notamment sur les réseaux sociaux, un an après une polémique sur le collège privé Stanislas à Paris qui avait déjà poussé certains à parler.

« Problème systémique »

« Il y a des temps médiatiques comme ça qui permettent de libérer la parole sans doute », a indiqué à l’AFP le secrétaire général de l’enseignement catholique, Philippe Delorme. Il assure que l’enseignement catholique « va faire un nouvel état des lieux » de « ses dispositifs pour garantir encore mieux la sécurité des enfants ».

Mais pour le collectif « Stop aux souffrances dans l’enseignement catholique », qui rassemble depuis 2022 parents et enseignants pour alerter sur des cas de violences et de « pratiques dysfonctionnelles », « l’affaire Bétharram met en avant l’omerta qui règne lorsque des dérives sont pointées du doigt ».

« Dénoncer, c’est compliqué », souligne Laetitia Bramoullé, membre de ce collectif, pour qui souvent, « c’est le « lanceur d’alerte » qui devient le problème ».

Une expérience vécue par Martine (prénom modifié), enseignante en Alsace, qui dit avoir été « écrasée » après avoir dénoncé des faits, notamment d’agression sexuelle, dans son collège.

Pour Franck Pécot, secrétaire général du Snep-Unsa, l’un des syndicats des enseignants du privé, « le problème est systémique » et « la règle c’est le « pas de vague »».

«On ne sait pas ce qui se passe dans les internats, dans les établissements, et ce qui est remonté. Et les capteurs intermédiaires comme la médecine scolaire ne sont pas là », déplore-t-il.

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