La rectrice Anne Bisagni-Faure à Pau : « Si je ne vais pas à l’Immaculée Conception, j’ai à cœur d’exercer un suivi »
Par Propos recueillis par Marie Berthoumieu, publié le
À l'occasion de sa venue à Pau, ce mardi 14 janvier, la rectrice d'académie Anne Bisagni-Faure a répondu à nos questions au sujet de l'Immaculée Conception.
Le 11 septembre, la rectrice de l'académie de Bordeaux, Anne Bisagni-Faure, a suspendu pour trois ans le directeur de l'Immaculée Conception, Christian Espeso, notamment pour des manquements au contrat d'association avec l'État. Une décision suspendue le 28 novembre par le juge des référés du tribunal administratif de Pau, dans l'attente d'un jugement sur le fond. Sa visite a été l'occasion d'échanger en direct avec elle, pour la première fois, sur l'établissement privé. Mais l'affaire étant en cours, beaucoup de questions restent en suspens.
Vous venez à Pau dans plusieurs établissements scolaires. Mais pas à l'Immaculée Conception où vous aviez pourtant annoncé votre venue dès votre décision de suspendre son directeur.
J'ai l'habitude de sillonner l'académie, je suis venue dans le département à plusieurs reprises depuis la rentrée, à Bayonne, à Bedous en soutien à l'école de la Vallée d'Aspe. Je reviens aujourd'hui et même si je ne vais pas à l'Immaculée Conception, j'ai à coeur d'exercer un suivi en lien étroit avec les autorités diocésaines. Avec un état d'esprit : une attention aux ambitions du projet académique, c'est-à-dire l'élévation du niveau et l'épanouissement des élèves et la sérénité de travail des professeurs, c'est aussi un esprit de partenariat constructif, serein, respectueux.
C'est d'abord un travail que nous devons mener en lien avec le directeur diocésain pour nous entendre sur les éléments de correctif qui vont nous permettre de dire ensemble que le contrat d'association est respecté. Au cœur de ce contrat, il y a le fait que l'enseignement doit être dispensé selon les règles et programmes de l'enseignement public, conformément au code de l'éducation, sans aucune volonté d'atteinte au caractère propre de l'établissement.
N'avez-vous pas des points particuliers à contrôler ?
Mon attention porte particulièrement sur les enseignements dus aux élèves, la liberté pédagogique et un exercice dans la sérénité. Des choses assez simples sur lesquelles il faudra regarder précisément parce qu'il y a eu une inspection approfondie, avec de nombreuses auditions, et mon attention avait été attirée sur différents éléments dont la partie liée au contrat d'association.
Depuis votre décision et le référé, vous n'avez donc pas eu de retour avec l'établissement ?
Je ne me suis pas rendue dans l'établissement parce qu'il y a un souhait, que je respecte, que cela puisse se faire en bonne entente avec l'autorité diocésaine. Il y a des étapes dans ma démarche. J'ai préféré rassurer globalement les autorités diocésaines sur le partenariat constructif que j'avais d'ailleurs toujours eu sur les sujets que nous partageons, et sur le fait qu'il n'y avait pas d'amalgame à faire.
Une démarche que vous avez portée au niveau académique ?
D'une difficulté, d'une situation d'émoi, cela m'a permis d'avoir le temps d'un partage dans la clarté, la transparence, un souci d'apaisement, et, je crois, la confiance, avec les cinq directeurs diocésains de l'académie et les représentants des chefs d'établissement de l'enseignement catholique.
Dès la fin septembre, je les ai rencontrés pour avoir ce dialogue, sans faire l'amalgame avec une situation individuelle qui est par ailleurs en cours d'instruction et sur laquelle je ne veux pas faire de commentaire - je rappelle que j'ai pris acte de la décision du tribunal administratif et que c'est un référé, ce n'est pas jugé au fond.
J'ai pu expliquer l'attention que nous avons, réciproque, au respect du contrat d'association. D'autre part, nous avons identifié à côté des réunions sur des sujets techniques, la nécessité d'une instance de dialogue plus stratégique, qui s'est réunie une première fois en décembre. On y a évoqué les évaluations nationales des élèves, les groupes de besoins, la mixité, l'orientation (...). Nous avons décidé que je rencontrerai les chefs d'établissement, début février à Bordeaux, pour évoquer ces sujets.
Vous prenez acte de l'ordonnance du tribunal administratif qui a suspendu votre décision, dans l'attente d'un examen au fond, mais vous estimez votre choix légitime ?
Elle a été suspendue, je n'ai pas à la commenter à ce stade. Je rappelle qu'après de premières alertes qui me sont parvenues en 2021, j'ai pris cette décision à la suite d'une procédure d'inspection approfondie, en respectant strictement le contradictoire. J'ai exercé le pouvoir de contrôle de l'État - qui s'exerce sur des établissements publics comme des établissements privés - guidée par l'intérêt des élèves et des personnels, et notamment du respect des enseignements qui leur sont dus. J'ai considéré qu'il y avait des faits qui le justifiaient.
Sur quels critères vous êtes vous basée pour prendre cette décision ?
Je me suis fondée sur le retour des inspecteurs. Il y a comment est organisé le temps de l'élève et les enseignements obligatoires et facultatifs, la liberté pédagogique dans le cadre des programmes et la question du management - sur laquelle je ne veux pas m'exprimer aujourd'hui.
Au tribunal administratif, on a appris que vous aviez fait un signalement auprès du procureur pour harcèlement à l'Immaculée Conception. Avez-vous été entendue par la police ?
Je n'ai pas à commenter le travail en cours.
Y a-t-il eu un audit financier de l'établissement ?
Comme pour d'autres établissements, il y a eu un audit financier que j'avais sollicité en juillet et qui s'est tenu début décembre. Je n'en ai pas les suites à ce stade.
Dans cette affaire, comment sont protégés les enseignants - dont certains ont témoigné anonymement mais leurs noms ont été révélés, d'autres ont été entendus par la police - qui travaillent dans l'établissement.
Je note qu'une levée de l'anonymat a été signalée lors de la séance du tribunal - je ne fais pas de commentaire là-dessus.
Nous sommes l'employeur des enseignants de l'enseignement catholique sous contrat, et ils bénéficient du soutien de l'institution et de toute notre attention. Les services du rectorat sont à l'écoute de leurs besoins et répondent lorsqu'ils sont sollicités. Nous avons notamment octroyé des protections fonctionnelles à la demande de certains professeurs. Et je peux vous assurer que chaque situation individuelle fait l'objet d'un suivi attentif. Plus généralement, si des personnels demandent une mobilité dans un établissement privé sous contrat, je ne peux les affecter qu'avec l'accord du chef d'établissement.
Le temps semble long pour eux. Savez-vous quand aura lieu l'examen sur le fond de ce dossier ?
Je ne suis pas informée du calendrier.

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