« Je me dégoûte » : un professeur jugé pour avoir échangé des photos intimes avec des élèves
Un enseignant d’un établissement privé catholique a été jugé ce lundi 2 décembre par le tribunal correctionnel d’Angers. Il était notamment poursuivi pour avoir envoyé et reçu des photos à caractère sexuel des élèves de l’établissement.
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Il était le professeur de lettres apprécié des élèves. Bien noté par ses inspecteurs. Le confident des adolescentes. Notamment sur les messages privés. Ma première erreur, c’est la création de ce compte Instagram qui avait un but pédagogique au départ , reconnaît cet homme âgé de 29 ans. Chemise blanche bien repassée, lunettes et cheveux frisés noués dans un chignon, ce dernier a comparu devant le tribunal correctionnel d’Angers hier pour répondre de faits de corruption de mineur, détention d’images pédopornographiques et atteintes sexuelles sur mineur de 15 ans. La salle d’audience était quasi comble durant les cinq heures de procès. Sur le banc des parties civiles, six jeunes femmes dont une mineure se serrent les coudes. Âgées entre 15 et 17 ans au moment des faits, toutes ont été scolarisées dans le même lycée privé catholique d’Angers. Trois d’entre elles se sont signalées le 4 avril 2023 auprès de la Maison des adolescents de Maine-et-Loire avant que le parquet d’Angers ne diligente une enquête. Elles auraient reçu des propos inadaptés, déplacés et tendancieux de la part de l’enseignant qui exerce depuis 2017.
Une élève virée de l’établissement
Passé par Cholet, Le Mans et Mauges-sur-Loire, le jeune professeur a ouvert un compte Instagram en plein confinement en 2021. Au départ, l’adulte partage ses goûts culturels avant de s’enquérir de la forme de certaines. Les échanges vont dépasser le cadre scolaire jusqu’à commenter les tenues vestimentaires. T’es trop stylée , lit l’une des plaignantes qui trouvait bizarre ce type d’échange. D’autres ont droit à des petits surnoms : ma puce , ma grande , mon bébé .Deux ados ont échangé des photos intimes avec lui avant de recevoir des propositions sexuelles. La plus jeune, âgée de 15 ans à l’époque, va se rendre à son domicile durant une période de huit mois pour avoir des relations sexuelles. Il m’a manipulée , accuse-t-elle aujourd’hui. L’élève a été exclue de son établissement. Le professeur a été suspendu. Il travaille désormais comme auxiliaire de vie auprès d’une personne handicapée. À la barre, il n’hésite pas à se qualifier de minable , dit ressentir de la honte après avoir été dans une forme de déni . Avant de dire : Ça me dégoûte, je me dégoûte. Assis au premier rang, son psy l’écoute. Atteignant souvent l’autoanalyse, son patient interprète son jeu comme du fantasme et une manière de s’identifier en ses élèves. Prompt à désactiver l’autorité de prof , il voulait se montrer compatissant envers ses élèves.
« Elles sont toutes jolies et fragiles »
Le capitaine de police chargé de l’enquête décrit un mode opératoire, où l’homme segmentait ses relations, instaurait un climat de confiance et se montrait très proche sur les réseaux sociaux mais très distant dans la vraie vie. Il se comporte comme un Don Juan en train de piocher. Qu’il le fasse dans un bar avec des adultes, mais pas dans un lycée ! , s’insurge M e Mathias Jarry, l’un des quatre avocats des parties civiles. Sa consœur M e Flora Gastineau a trouvé des points communs chez les victimes : Elles sont toutes jolies et fragiles . En proie à des insomnies et idées suicidaires, l’une d’elles raconte s’être réfugiée auprès de lui. C’est lui qui me maintenait en vie , dit-elle. Très impactées dans leurs vies , ces jeunes femmes subiraient un vécu post-traumatique . Parmi les nombreuses demandes d’indemnisation, un préjudice scolaire de 4 000 € a été sollicité. Pour Eric Bouillard, procureur de la République, le prévenu est à classer dans la catégorie des prédateurs. Il est persuadé qu’il a encore l’ascendant sur elles , raille-t-il. Selon lui, les messages à caractère sexuels sont constitués. Il requiert une peine de 30 mois d’emprisonnement dont 18 avec sursis, ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer toute activité en contact avec des mineurs et une inscription au fichier des délinquants sexuels. En défense, M e Isabelle Oger-Ombredane a appelé à dépassionner le débat et à rendre aux faits leur exacte qualification. Elle a tenté de démonter point par point les accusations des parties civiles, égratignant au passage leur sincérité en soulevant l’évolution de leurs déclarations. Ça choque et ça dérange ce qu’il a fait, souligne-t-elle tout en plaidant la relaxe. La tentative de corruption n’est pas constituée , conclut l’avocate. En demandant pardon, son client a déclaré vouloir revenir en arrière et prendre des décisions d’adulte . Le tribunal doit rendre son jugement le 10 janvier prochain.

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