Les évêques défendent la spécificité de l’enseignement catholique
Enseignement catholique : les évêques veulent défendre son caractère propre
Par Arnaud Bevilacqua, avec Matthieu Lasserre (à Lourdes) et Clémence Houdaille
Réunis à Lourdes, les évêques français abordent ce vendredi le sujet de l’enseignement catholique.
Attachés au caractère propre, ils veulent défendre l’école catholique comme un lieu d’annonce de l’Évangile.
L’enseignement catholique sous contrat est-il sous surveillance ? C’est un sentiment que des évêques peuvent exprimer plus ou moins ouvertement. Depuis quelques mois, diverses polémiques, autour notamment du collège parisien Stanislas ou encore de l’Immaculée-Conception à Pau, ont placé l’enseignement privé catholique sous le feu des critiques. En cause, son élitisme supposé, son financement mais aussi son « caractère propre » et, in fine, son identité.
Autant d’interrogations à l’esprit des évêques lors de la séquence d’une heure sur l’enseignement catholique, ce vendredi. Si elle n’a pas été décidée en réaction aux controverses – le sujet est régulièrement au menu des Assemblées plénières –, les échanges, en présence de Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique en fin de mandat, devraient être l’occasion d’aborder certains motifs de tension.
Sans dramatiser et encore moins vouloir réveiller une hypothétique « guerre scolaire », Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun et président du conseil pour l’enseignement catholique, insiste : « Ne nous laissons pas voler notre liberté. » « Il ne faut pas repartir dans des oppositions stériles ou des concurrences qui n’ont pas lieu d’être,explique-t-il. Nous souhaitons vivre notre mission éducative propre avec toutes les familles qui entrent en contrat avec nous pour goûter à ce climat évangélique. »
C’est en partie sur ce fameux « caractère propre », au cœur de la loi Debré de 1959, que semblent se concentrer les débats et parfois les incompréhensions. Comment se positionne l’enseignement catholique, qui accueille deux millions d’élèves, dans une société multiculturelle et sécularisée où l’influence de l’Église décline ? Peut-elle encore être un lieu d’évangélisation ?
Certains évêques aimeraient mieux définir le caractère propre et son articulation avec la liberté de conscience et l’ouverture à tous. « Le rôle de l’enseignement catholique, avec un projet pastoral fondé dans l’Évangile, c’est l’évangélisation des jeunes » , explique sans ambiguïté Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne. Toutefois, la définition de ce que doit être une école catholique peut varier en fonction des sensibilités. Un autre évêque assure que certains établissements peuvent se « poser en fer de lance avec un risque de surenchère », dans un réflexe de repli sur le noyau dur. Trop « catho » ou pas assez, avec la possibilité de voir partir les familles les plus pratiquantes vers des écoles hors contrat : l’équilibre est parfois instable.
« C’est toujours un chemin de crête. Le caractère propre est la capacité donnée à l’enseignement catholique de pouvoir présenter la foi chrétienne aux élèves et aux familles, tout en étant reconnu comme participant au service public d’éducation , assure Mgr Laurent Percerou, évêque de Nantes, un diocèse où les écoles catholiques comptent plus de 100 000 élèves. Nous scolarisons des enfants qui viennent pour d’autres raisons que la foi catholique, mais aussi des enfants qui viennent parce que leurs parents tiennent à ce qu’ils reçoivent une éducation chrétienne. »
Le caractère propre, « c’est une atmosphère qu’on respire », assure Benoît Rivière, expliquant que chaque établissement peut le décliner selon son projet éducatif. Toutefois, il constate parfois une confusion chez certains entre les cours de culture religieuse, qui ne sont pas optionnels, et ce qui relève de la catéchèse, à destination des familles qui le demandent.
« Aux jeunes et aux familles que nous accueillons nous devons dire dès l’inscription qu’ils sont dans un établissement avec une proposition de la foi chrétienne, insiste Mgr Percerou. Ils doivent pouvoir découvrir dans l’accompagnement cette spécificité par la qualité de l’attention portée à chacun, notamment aux plus fragiles. »L’épiscopat se veut de plus en plus attentif au projet chrétien et pastoral. « Les évêques sont très impliqués, que ce soit dans les conseils de tutelle, les visites pastorales des différents établissements de leur diocèse ou dans le soutien apporté à la communauté des chefs d’établissements », souligne Mgr Benoît Rivière.
Et pour cause, pour l’Église confrontée à la baisse du nombre d’enfants catéchisés, l’enseignement catholique est un lieu privilégié pour mener une action pastorale et proposer la foi à un large public, même si se pose la question des moyens humains et de la sécularisation du corps enseignant. De fait, dans la progression des baptêmes d’adolescents en France, les établissements catholiques ont un rôle majeur.

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