L’enseignement catholique, pourquoi faire ?
Louis Lourme
Philosophe et ancien directeur d’un établissement catholique, ayant dirigé
la publication d’Afin que nous portions du fruit. Missions d’une école catholique (Bayard)
Que ce soit pour y travailler ou pour lui confier ses enfants, celui qui fait le choix de l’enseignement catholique est habitué à cette question : « Mais pourquoi l’enseignement catholique ? » Pourtant, l’enseignement catholique en France n’est pas une anomalie ou une incongruité politique : en plus d’être l’héritier d’une riche tradition éducative, il s’inscrit résolument dans un projet d’éducation nationale partagé.
La caractéristique principale des établissements catholiques sous contrat d’association avec l’État tient dans la notion de « caractère propre », notion qui désigne l’espace de liberté dont ils disposent pour mettre en œuvre leur spécificité. Cette liberté est conditionnée au respect d’obligations fondamentales : respect des programmes officiels de l’éducation nationale ; enseignants recrutés au même niveau de qualification que dans l’enseignement public ; accueil de tous les élèves ; conformité aux règles d’encadrement et d’infrastructures ; respect de la laïcité, etc. En contrepartie du respect de ces obligations, l’État finance les salaires des enseignants et contribue aux frais de fonctionnement. À ce titre, loin de s’opposer à l’école publique, les établissements catholiques sous contrat contribuent au projet d’éducation nationale.
Dans sa participation au service de ce bien commun qu’est l’éducation, le « caractère propre »des établissements renvoie à l’idée selon laquelle chaque structure peut choisir de déployer un projet éducatif particulier – projet choisi en conscience par les familles au moment de l’inscription.
Et il ne s’agit pas là de grandes idées théoriques : il suffit de visiter quelques établissements catholiques pour constater la très grande diversité de projets. En fonction de son histoire ou du charisme auquel il se réfère, chaque établissement a une manière bien à lui de dire ce qu’il souhaite proposer aux familles et de le traduire concrètement. Le « caractère propre »permet d’articuler la dimension académique à une conception chrétienne de la personne humaine.
Mais pourquoi ce double régime public-privé en matière d’éducation nationale ? On pourrait se contenter d’un argument historique, du type « c’est un héritage du passé ». Je crois cependant qu’il ne faut pas négliger l’argument politique selon lequel notre bien commun éducatif gagne quelque chose à introduire de la diversité et du choix au sein de la proposition globale d’éducation nationale.
Il y a de fait un bénéfice collectif à tenir ensemble d’une part une entente sur un contenu pédagogique et sur un ensemble de savoirs, et d’autre part une diversité des structures qui servent ce commun. Double reconnaissance : d’un côté, celle de l’importance d’un contenu commun, nécessaire pour constituer un corps national ; et de l’autre, celle de la pluralité des consciences et de leur liberté, nécessaire pour honorer l’altérité qui constitue le commun.
N’est-ce pas là une vision trop idéalisée ? On connaît en effet les critiques qui, parfois sans mesure, reprochent à l’enseignement catholique d’être réservé à certaines familles et d’être à ce titre un moyen de servir non pas le commun… mais l’entre-soi.
Je crois que c’est faire bien peu de cas non seulement de la très grande variété des établissements catholiques, qui connaissent des réalités sociologiques très différentes, mais aussi des mécanismes très concrets par lesquels certains freins à l’ouverture restent bloquants et de tout ce qui est mis en place à toutes les échelles pour répondre à ces défis. Il convient surtout de redire que ce qui pousse à cette ouverture des établissements, c’est fondamentalement l’urgence évangélique qui commande que les plus pauvres ne se retrouvent pas à la porte de la proposition catholique d’enseignement – ce qui serait un comble.

Commentaires