De l'indifférence à l'engagement
-TÉMOIGNAGE-
Je suis professeure de Lettres dans l’Oise,
viscéralement attachée aux enjeux spécifiques
de ma discipline et à ma mission de service
éducatif public.
contradictoires qui ont opposé mon métier aux
directives locales d’une équipe de direction
usant de l’argumentation « protégeons nos
enfants » pour m’empêcher de travailler avec
mes élèves sur certaines œuvres.
La violence de la direction a commencé à se
manifester quand certains enseignants se
sont indignés suite aux réunions de « discernement
», qui ont confirmé les interdictions
du CODIR de visionner le film Simone ou le
voyage d’un siècle d’Olivier Dahan dans le
parcours « Écrire et combattre pour l’égalité »
au programme de 1ère et Rafiki de Wanuri
Kahiu, au programme du dispositif Lycéens et
apprentis au cinéma, au nom d’une « morale »
chrétienne.
Nous étions « un établissement qui prône
la vie et pas la mort, or Simone Veil prône
la mort ». Nous allions « mettre le feu dans
l’établissement » avec un film qui fait de la
« propagande LGBT ». « L’homosexualité n’est
pas l’avenir de l’humanité »… Afin de nous
dissuader d’exercer notre liberté pédagogique,
la direction a usé de l’exemple de la décapitation
de Samuel Paty comme conséquence de
ce qu’il avait montré aux élèves.
Le prêtre a précisé ultérieurement que toute
personne qui voudrait autre chose qu’une
interdiction portant sur les œuvres mettant en
scène des protagonistes homosexuels devait
quitter l’enseignement catholique et aller dans
le public.
Cela correspond dans leur vision erronée au
fameux « caractère propre » de l’enseignement
catholique.
La direction a reçu le soutien de nombreuses
familles et des membres de la communauté
éducative car il faudrait laisser, selon eux, les
établissements catholiques d’enseignement
être « catholiques ». C’est « leur liberté de
conscience ». Une notion évidemment bien détournée
et tellement ignorante des principes de
laïcité qui devraient pourtant s’appliquer dans
le privé sous contrat.
Les responsables de l’enseignement catholique
ont fait le choix d’accentuer la crise en
soutenant le chef d’établissement et le président
de l’OGEC dans le licenciement abusif
du directeur adjoint qui avait choisi la neutralité
et non de leur prêter allégeance.
Plusieurs professeurs attachés à leur mission
de service éducatif public ont dû partir en
raison des pressions subies. Certains ont dû
repasser leur concours pour intégrer le public.
■ Élodie Martre,
Professeur de Lettres, Académie d’Amiens
Trait d'Union CGT - Octobre 2024

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