Alexandre Portier, un ministre très "privé" à la Réussite scolaire
Le très pieux nouveau
ministre délégué, rattaché à l’Éducation nationale, est du genre à
défendre avec ferveur l'enseignement privé, jurant que celui-ci
contribue à la mixité et à l'ascension sociale. Pour les plus nantis ?
Publié le 2 octobre 2024 à 7h30 - Clara Bamberger - Article Le Canard Enchaîné
"Invité à porter une intention de prière à Notre-Dame de Fourvière pour la messe des Echevins, j’ai souhaité la placer sous le vœu de l’unité et de l’espérance : c’est peu de dire que nous en avons aujourd’hui bien besoin." Tel était le message posté sur X par l’ex-député LR du Rhône Alexandre Portier, le 9 septembre, soit douze jours avant son entrée au gouvernement. Preuve que l’espérance paie toujours, alléluia !
Un brin conservateur, le nouveau sous-ministre à la Réussite scolaire et à l'Enseignement professionnel, tout un programme, a surtout réussi à se faire remarquer par ses déclarations enamourées envers l'enseignement privé, du temps où il était parlementaire. Sauf que l'amour rend aveugle, c'est bien connu, et que le fervent Portier a une fâcheuse tendance au déni de réalité.
Ainsi, dans une tribune coécrite avec ses collègues Républicains François-Xavier Bellamy et Max Brisson publiée le 29 mai dans "Le Figaro", il défendait sa chapelle en ces termes : "Sortons de cette grossière caricature et rappelons à tous que l'enseignement privé prend toute sa part dans la mission de mixité et d'ascenseur social qui incombe à l'État."
"Toute sa part", vraiment ? Ce n'est pas guère l'avis de la Cour des comptes, qui n'a pourtant rien d'un repère de bolchéviques. Dans un rapport publié en juin 2023, les magistrats financiers alertaient : "La mixité sociale dans les établissements privés sous contrat est en fort recul depuis une vingtaine d'années." Tant et si bien que "les élèves de familles favorisées et très favorisées, qui constituaient 41.5% des effectifs du privé sous contrat en 2000, en représentent 55.5% en 2021". Durant la même période, l part d'élèves défavorisés a, elle, baissé de 25 à 16%. Comme le dirait Jean-Pierre Raffarin, "la route est droite, mais la pente est forte"...
Les rapporteurs de la Cour invitaient donc l'enseignement du privé sous contrat à "se mobiliser davantage au service de la mixité sociale", pour la simple raison qu'il est financé aux trois quarts par des fonds publics (État et collectivités locales). Malheureusement, concluaient-ils, "force est de constater qu'aucune mesure dans ce sens n'est aujourd'hui véritablement suffisante".
Nul doute que le ministre de la Réussite scolaire va "porter une intention de prière" pour ça change au plus vite !

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