"J'ai l'impression d'être à l'armée" : l'uniforme accepté tant bien que mal au lycée Jeanne d'Arc du Péage-de-Roussillon

Depuis la rentrée scolaire, les élèves du lycée privé Jeanne d'Arc portent l'uniforme au Péage-de-Roussillon, en Isère. L'établissement a rejoint l'expérimentation sur le port de la tenue unique, plébiscitée par la direction. Si les élèves s'y habituent, ils n'adhérent pas vraiment à l'uniforme.


Article France-Bleu - Publié le dimanche 15 septembre 2024 à 18:16


C'est le grand changement de la rentrée au lycée privé Jeanne d'Arc du Péage-de-Roussillon : les 460 élèves doivent désormais porter l'uniforme.L'établissement fait partie des quatre lycées de la région qui ont rejoint cette expérimentation proposée par l'ancien gouvernement et pour laquelle le conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes s'est porté candidat.

Depuis deux semaines, les lycéens portent donc le t-shirt, le polo ou bien le sweat bleu marine de l'uniforme, floqué avec le blason de leur lycée. L'uniforme, financé par la Région, ne comprend que le haut. La direction a décidé d'ajouter un code vestimentaire : il faut porter un pantalon ou jean non troué noir, bleu, blanc, beige, gris ou marron pour venir en cours.

Les objectifs de cette expérimentation "rejoignaient fortement les objectifs de l'établissement" explique la directrice, Céline Debhane. L'uniforme permet de ne plus s'interroger sur ce qui est autorisé ou non au lycée souligne-t-elle, crée "un esprit de groupe, fédère l'appartenance à l'établissement scolaire, l'entraide entre les élèves." Il met aussi "tout le monde sur un pied d'égalité par rapport à la tenue."


Au moment de l'annonce il y a quelques mois, il y a eu des élèves réticents, d'autres plus partants assure Céline Debhane. Elle se félicite du fait que "le jour de la rentrée, tous les élèves avaient cette tenue là donc c'était un bon départ dans cette expérimentation."


Mais dans la cour, les élèves pleinement favorables à l'uniforme sont rares. Tout le monde le porte mais certains ont du mal à l'accepter. "Je l'ai très, très mal reçu" raconte Lina, qui porte un serre tête et des bottines à talon pour personnaliser un peu son look. "J'aime bien porter beaucoup de couleurs, m'habiller de manière assez excentrique, j'étais assez dégoûtée." Elle n'a pas le choix et adopte tant bien que mal ce haut bleu marine.

"Le col du t-shirt est beaucoup trop haut donc toute la journée, on le sent serré au cou. Le pull, les manches sont trop serrées... donc on n'est pas vraiment à l'aise dans nos tenues." Maxence aussi estime que la Région a choisi des coupes "standards" et qui "ne vont pas à tout le monde".


Cette nouvelle tenue est d'autant plus difficile à accepter pour les adolescents qu'ils ne voient pas vraiment son intérêt. "Les inégalités, elles se voient dans les chaussures, les accessoires, les pantalons" estime Lina. Elles "se voient toujours" continue Maxence. "Les groupes d'amis n'ont pas changé. On a toujours les mêmes groupes : les populaires, ceux qui restent dans leur coin, les timides... L'uniforme n'a rien apporté, surtout que ça s'est fait très vite."


Les élèves ont participé à la création du blason du lycée l'année dernière, mais ça ne suffit pas à faire adhérer Mariek et Soleyne à cette tenue. Le jour de la rentrée, c'était "très bizarre. Vraiment, quand on est arrivés, on était tous pareil, on avait l'impression d'être un peu des clones" raconte Mariek, dont les parents ont dû acheter des pantalons noirs et bleus pendant les vacances pour qu'elle puisse respecter le dress code du lycée. "J'ai l'impression d'être à l'armée"renchérit Soleyne, "d'être un petit militaire, habillé comme tout le monde, bien dans le moule... ça me représente pas ! C'est pas moi !"


S'ils admettent qu'ils s'habituent au fil des jours, certains lycéens auraient aimé avoir un peu plus que trois polos, deux sweats et deux t-shirts pour toute l'année. Ce trousseau représente un coût d'environ 300 euros par élève selon la directrice, qui souligne le choix de la Région de produire ces vêtements en Auvergne-Rhône-Alpes. Financée par la Région et l'Etat à hauteur d'un million d'euros, cette expérimentation va durer deux ans.

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