«Climat de peur» : un ex-responsable de Stanislas condamné pour violences contre des élèves
«Climat de peur» : un ex-responsable de Stanislas condamné pour violences contre des élèves
Un
ancien directeur d’internat de l’établissement privé parisien a été
condamné ce lundi à Valenciennes à un an de prison avec sursis pour
violences sur six élèves.
Le coup de cravache, sur la cuisse d’un élève ? «C’était une forme de plaisanterie», tente Olivier P., l’ancien directeur d’internat des prépas du prestigieux établissement parisien Stanislas, ce lundi matin, devant le tribunal judiciaire de Valenciennes (Nord). Il décrit la scène, la panière de ses deux chiennes à proximité, la cravache à portée de main, le jeune homme assis en face de lui. «A quel moment trouvez-vous cela drôle ? Il était soumis à votre autorité», rétorque la juge, Laurence Gosteau. Le prévenu reste coi, dans sa veste caramel et sa cravate rayée, désarçonné. Ce jour, c’est bien son procès qui s’est tenu, et non celui de Stanislas, l’institution privée catholique à laquelle il a appartenu, mise en cause dans un rapport de l’Inspection générale de l’éducation , révélé en début d’année dans le sillage d’une polémique impliquant la ministre Amélie Oudéa-Castéra.
La défense d’Olivier P., une supposée cabale d’anciens internes qui auraient voulu se venger de lui, a fait long feu. Il a été reconnu coupable de violences volontaires entre 2013 et 2018, pendant ses années à Stanislas, contre six élèves et condamné à douze mois de prison avec sursis, avec interdiction d’approcher des mineurs dans l’exercice régulier de sa profession pendant cinq ans. Ce ne sera pas son seul procès : il est mis en examen dans une affaire de viol dans un autre établissement, en cours d’instruction. Il a été licencié de Stanislas en 2018, après la consultation de sites pédopornographiques, ce qu’il conteste, une affaire classée sans suite au niveau pénal.
«Il n’avait aucune entrave»
Dans la salle d’audience, quatre des six élèves qui ont porté plainte le regardent se déliter. Ils avaient entre 17 et 20 ans à l’époque, ils ont aujourd’hui dans les 26 ans et ont décrit, les uns après les autres, le même système d’emprise. L’homme avait ses appartements, et son bureau au sein de l’internat, et avait ses chouchous, dans les chambres les plus proches de lui. Mais le statut de préféré était fragile, il suffisait de déplaire pour le perdre. «Je m’étais blessé au pied, et il devait soi-disant me le soigner», raconte Bruno (1), émotion dans la voix. «Ses mains sont allées bien au-dessus de la blessure, jusqu’au mollet. Il m’a donné son numéro de téléphone, et m’a demandé de le rejoindre chez lui. J’ai refusé.» Olivier P. avait l’habitude de recevoir des élèves dans son appartement, ou dans son bureau, pour boire une bière. Après ce refus, il a rendu la vie impossible à l’élève ;: Bruno s’est vu confisquer son ordinateur, où tous ses cours étaient enregistrés, pendant quatre mois. Il a fini par quitter la prépa, a fait une dépression. «Stanislas est un cadre qui lui a permis de développer sa perversité. Il n’avait aucune entrave» , estime-t-il. Ses proches notent l’absence de l’administration de l’établissement privé à l’audience.
«On avait envie de lui plaire»
Olivier P. reconnaît les claques derrière la nuque, ou des élèves plaqués au mur : «Pour moi, ce n’était pas des violences», explique-t-il. «Pour vos élèves, c’était loin d’être marginal»,note la juge. Le «préfet», le titre qu’on lui donnait à «Stan», conteste des points de détail. Non, il n’a jamais viré les vêtements, draps et couvertures d’une chambre mal rangée, charge à l’élève de venir rechercher l’ensemble, fourré dans des sacs-poubelle, au bureau. Olivier P. détaille la procédure : les femmes de ménage avaient consigne de signaler une chambre trop en désordre. Ensuite un surveillant prenait une photo, pour éviter les contestations, et se chargeait de vider la chambre, sous son autorité. «La photographie d’une chambre, ce n’est pas une violation manifeste de leur vie privée ?» demande la juge, Laurence Gosteau. «C’était le règlement», rétorque-t-il.
C’est le deuxième volet de sa défense : «J’ai été sollicité pour venir à Stanislas, parce qu’il y avait un règlement qui existait mais n’était pas appliqué en prépa. Ce que j’ai fait, ce n’était pas avec l’intention d’être violent.» Charles (1), qui a fait toute sa scolarité à Stanislas, rectifie : «J’ai été habitué à une éducation relativement stricte, mais qui était centrée autour de la pédagogie. Lui, le règlement, ce n’était pas pour nous éduquer, mais pour nous faire peur, pour en profiter. Ce climat de peur instituait une relation où on avait envie de lui plaire, pour ne pas passer de chouchou à paria.» Il aimait s’habiller en rose, il n’a subi aucune remarque au lycée, seulement en prépa.
Olivier P. a également pu traiter des élèves de « tarlouzes» quand il estimait leur habillement non conforme aux standards de Stanislas. Sans aucune intention homophobe, assure-t-il. D’ailleurs, il les trouve toujours aussi mal vêtus ;: «Quand je regarde ces jeunes [aujourd’hui], je leur ferai la même remarque qu’à Stan sur leurs tenues.» Ce seront ses derniers mots à la barre.
(1) Les prénoms ont été modifiés.

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