Soupçons d’attouchements : une école dans la tourmente
Soupçons d’attouchements : une école dans la tourmente
L’école privée de Bonneuil-Matours est secouée par une affaire d’attouchements entre enfants. Classée sans suite par le parquet. Mais l’école en paie le prix.
Denys Frétier - Publié le Article La Nouvelle République
Tours - Tout est parti d’un courrier anonyme reçu cet été à la rédaction de la NR. L’auteur alerte sur « une situation alarmante » à l’école privée du Sacré-Cœur à Bonneuil-Matours, située au bord de la Vienne. Il dénonce « de nombreux cas d’attouchements [entre] des enfants ». Des « incidents » qui, toujours selon lui, ont « été systématiquement étouffés ».
L’auteur, qui se présente comme « parent d’un enfant victime », avance également qu' « aucune mesure appropriée, malgré les plaintes déposées, n’a été prise ». Il déplore « un manque flagrant de surveillance ».
Une enquête de gendarmerie après des plaintes de parents
Quel crédit accorder au contenu de cette missive ? Selon nos informations, les soupçons d’attouchements sexuels dénoncés ont été signalés à la justice et la gendarmerie a été saisie d’au moins deux plaintes. « Il y a eu une enquête pour des faits d’attouchements entre enfants il y a quelques mois. Mais aucune personne majeure n’a été mise en cause dans ce dossier. Il a été procédé à plusieurs auditions d’enfants mais aussi d’encadrants », indique une source judiciaire.
Classement sans suite
À l’issue de ces auditions, le parquet de Poitiers a décidé d’un classement sans suite, confirme notre interlocuteur. « C’est une décision du parquet parce que les infractions étaient insuffisamment caractérisées ou qu’elles étaient non constitutives d’une infraction. »
Du côté de la direction de l’école privée, on confirme le classement sans suite de ce dossier qui aurait dépassé le simple jeu de « touche-pipi ». « Les enfants ont été entendus et se contredisaient aux yeux des gendarmes, explique la directrice de l’école privée de Bonneuil-Matours, Charline Martin. On parle de deux enfants qui ont été impliqués dans une situation particulière dans les toilettes en décembre 2023. Or, il s’est avéré que les deux enfants ont donné une autre version des faits en accusant quatre autres enfants. Les parents des deux enfants ont porté plainte contre ces quatre derniers et aussi contre l’établissement pour défaut de surveillance, ce qui n’a pas été avéré. »
« Gestion de crise »
La directrice assure avoir fait le nécessaire : « J’ai tout de suite réagi pour régler ce problème. Des mesures ont été prises pour protéger les enfants. »
Cette affaire de gestes à caractère sexuel et de harcèlement sexuel entre de très jeunes enfants a pris, sur fond de différends entre direction (soutenue par l’Ogec, Organisme de gestion de l’enseignement catholique) et certains parents (soutenus par les associations Apel et Le P’tit Prince), des « proportions énormes au sein de la communauté éducative avec des rumeurs qui ont engendré de grosses difficultés au sein de l’école ».
Car si cette « affaire » n’a donc pas connu de suites judiciaires, elle a, en revanche, eu des répercussions sur l’image et les effectifs de l’établissement à la rentrée. « Des familles n’ont plus eu confiance. L’école primaire (une classe maternelle et deux classes élémentaires) va passer de 72 élèves à 49 cette année. » Soit une baisse des inscriptions de plus de 30 %. « C’était devenu compliqué avec certains parents, notamment ceux de l’Apel. Leurs enfants sont partis à l’école publique, d’autres dans les écoles privées du secteur. »
L’école pas menacée
Mais la directrice du Sacré-Cœur l’assure : malgré ce tiers de désinscriptions, l’école n’est pas menacée. « Nous avons suffisamment d’élèves pour démarrer l’année. L’avantage, c’est qu’on sera plus serein avec des petits effectifs et qu’on va faire des économies. L’inconvénient, c’est qu’on risque d’être sur la sellette l’an prochain et de perdre une classe. » Un effet papillon dommageable.
Denys Frétier

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