Laïcité à l'Immac à Pau : une mise en demeure du rectorat et le directeur sur le gril

 

Laïcité à l'Immac à Pau : une mise en demeure du rectorat et le directeur sur le gril

Sébastien Lamarque  Article Nouvelle République des Pyrénées  publié le

Après une inspection menée au mois d'avril dernier, le rectorat demande à l'établissement privé sous contrat de respecter les règles et convoque son directeur en procédure disciplinaire.

Ce jeudi, on parle d'une mise en demeure du rectorat, d'une cycliste de 65 ans dans un état grave après un accident avec une voiture et d'un client qui menace les employés d'un McDo qui ne pouvaient lui indiquer... la composition de la sauce de son menu.

Le bras de fer engagé depuis le printemps va peut-être connaître son épilogue ce jeudi 29 août. Le rectorat convoque en procédure disciplinaire le directeur de l'ensemble Immaculée conception de Pau, le plus gros établissement d'enseignement privé sous contrat avec l'État dans le département des Pyrénées-Atlantiques. « On n'a pas vu une procédure comme ça depuis 30 ans dans le privé », observe Marie...

Le bras de fer engagé depuis le printemps va peut-être connaître son épilogue ce jeudi 29 août. Le rectorat convoque en procédure disciplinaire le directeur de l'ensemble Immaculée conception de Pau, le plus gros établissement d'enseignement privé sous contrat avec l'État dans le département des Pyrénées-Atlantiques. « On n'a pas vu une procédure comme ça depuis 30 ans dans le privé », observe Marie-Pierre Adrillon, du syndicat FEP- CFDT (Fédération de la formation et de l'enseignement privés CFDT) du 64.

La rédaction vous conseille Laïcité : à Pau, l'Immac a-t-elle mis des coups de canif dans le contrat avec l'État ? Conférence obligatoire de Mgr Aillet, « génocide vendéen », confessions sur les heures de cours : des syndicats d'enseignants dénoncent auprès du rectorat les « dérives » de la direction de l'Immaculée Conception.

La direction de l'institution se voit reprocher des « dérapages » et surtout des entorses aux clauses du contrat d'association avec l'État, notamment sur le plan du respect de la laïcité. Ce que nous confirme le rectorat. « Suite aux différents faits qui avaient été signalés », la rectrice de l'académie de Bordeaux avait ordonné une mission d'inspection « qui a eu lieu du 4 au 16 avril 2024 ».

« Irrégularités constatées »

« Au vu des irrégularités constatées par la mission d'inspection », la rectrice a adressé à l'établissement « sous couvert des autorités de tutelle » un courrier de mise en demeure « afin de se mettre en conformité avec l'ensemble des clauses du contrat d'association qui lie l'établissement avec l'État ».

Le directeur réserve ses réponses et dénonce « un procès en sorcellerie » Contacté ce mercredi, le directeur de l'ensemble scolaire Immaculée conception, Christian Espeso, se montre prudent dans ses premières déclarations. « Je pensais que le rectorat garderait un peu de réserve en attendant de savoir ce que j'ai à dire, déplore Christian Espeso. Moi, je vais le choix de ne pas vous répondre pour l'instant. Je m'exprimerai jeudi ou vendredi. Et j'aurai beaucoup de choses à dire. C'est un procès en sorcellerie qu'on me fait ! »

Le directeur de l'Immac conteste les « irrégularités constatées » par la mission d'inspection ordonnée par le rectorat. « Ce sont les inspecteurs qui disent ça, balaye simplement M. Espeso. Je vais me défendre ! Je suis extrêmement déterminé. C'est pour ça que j'ai pris des avocats. »

Contacté, l'un de ces avocats, Me Thierry Sagardoytho, confirme qu'il entend contester « une inspection ordonnée dans des conditions illégales ». Il pointe notamment des témoignages d'élèves recueillis « sans la présence de leurs parents ». Il ajoute que « l'écrasante majorité des enseignants a témoigné de sa satisfaction d'exercer dans cet établissement ».

« Le rapport d'inspection est un ramassis d'à-peu-près et d'éléments non vérifiés, accuse l'avocat. Nous allons dénoncer ce qui ressemble à une véritable cabale, ourdie de façon malveillante contre un chef d'établissement respecté, qui a fait de l'Immac, en une décennie, un établissement qui fait la fierté des parents d'élèves et de ces derniers, dont les scores sont exceptionnels. »

Sollicité par nos soins, le rectorat précise. « L'immaculée Conception est un établissement de renom, performant et qui affiche des indicateurs de réussite très satisfaisants pour ses élèves. Il ne saurait donc être question de rompre son contrat d'association, mais seulement de s'assurer de son respect. »

Le rectorat s'attache particulièrement à la question de la « stricte séparation entre l'enseignement couvert par le contrat d'association et l'enseignement religieux proposé dans le cadre du caractère propre de l'établissement ». Et il avait réclamé des explications, notamment sur une conférence obligatoire de l'évêque Marc Aillet, des confessions qui ont pu être réalisées sur des heures de cours, ou encore une conférence ouverte aux élèves sur « le génocide vendéen » entachée, selon le rectorat, par « une approche révisionniste de l'histoire ».

« Procédure disciplinaire »

De son côté, et y compris dans une réponse écrite aux airs de défi lancé à la rectrice, le directeur de l'Immac avait contesté « tout coup de canif dans le contrat ». Le « rapport d'inspection » aurait été adressé début juillet au chef d'établissement et à son autorité de tutelle, la direction diocésaine.

La convocation adressée aux membres du conseil académique de l'Éducation nationale pour ce jeudi 29 août. Repro PP

Est-ce l'absence de réaction de cette dernière qui a motivé la deuxième partie de la réponse du rectorat : une procédure disciplinaire qui vise le directeur de l'Immac ? Prudemment, la communication du rectorat confirme « une procédure disciplinaire avec une phase contradictoire » en cours et « dont les conclusions seront données rapidement ».

Et cela, c'est un engagement de la rectrice qui souhaite « que la rentrée se déroule dans les meilleures conditions pour les élèves comme pour les personnels » de l'ensemble Immaculée conception. Elle a donc convoqué ce jeudi 29 août un conseil académique de l'Éducation nationale (CAEN), en formation restreinte, « à l'encontre de M. Christian Espeso, directeur de l'ensemble scolaire Immaculée conception », nous ont confirmés plusieurs sources syndicales.

Décision imminente

Une procédure rare, initiée en vertu des dispositions de l'article L914-6 du Code de l'Éducation. Un article dont l'usage est d'ailleurs contesté par les avocats de l'intéressé, qui affirment que ce texte ne s'applique qu'aux établissements privés « hors cadre » ce qui n'est pas le cas de l'Immac.

Les grandes manoeuvres au coeur de l'été On peut s'attendre à une décision rapide pour « une rentrée dans les meilleures conditions », comme le veut la rectrice. Et dans l'attente de cette « commission de discipline », les grandes manoeuvres ont eu lieu même au coeur de l'été.

Un fil sur l'application de messagerie WhatsApp exhorte ainsi les parents d'élèves à adresser leurs « témoignages » aux conseils du directeur de l'Immac, face à un « rapport à charge » dont les suites pourraient être « très désagréables » pour Christian Espeso. L'auteur de « l'appel à témoignages » s'inquiète du « risque de perdre un Directeur qui a milité toute sa carrière pour la transmission des savoirs ».

La réponse écrite en forme de défi adressée en février à la rectrice par le directeur confirme en tout cas « une personnification du conflit » et un bras de fer dont l'issue est très attendue par certains personnels de l'établissement, qui ont pu s'ouvrir aux services de l'État lors de la mission d'inspection du mois d'avril. Nombre d'entre eux ont peur d'une « chasse aux sorcières » qui se serait aggravée depuis la parution d'article de presse sur les « dérapages » à l'Immac.

Mais si l'on suit les textes qui régissent le CAEN, ce dernier va entendre Christian Espeso, qui peut se faire assister de ses conseils, Me Thierry Sagardoytho et Vincent Ligney, jeudi à 14h30, au rectorat, à Bordeaux. Les membres du conseil (qui comprend notamment des représentants des inspecteurs académiques et des syndicats d'enseignants, du public comme du privé) vont ensuite délibérer pour émettre un avis.

La rectrice aura ensuite, après avoir pris connaissance de cet avis, 15 jours pour prendre une décision qui peut aller jusqu'au retrait de l'agrément du directeur de l'Immac. Une décision qui peut évidemment être frappée d'appel devant la juridiction administrative, l'appel n'étant pas suspensif. « Cela peut s'étaler sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois », confie un proche de ces arcanes.

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