Victime de harcèlement raciste dans son collège en Normandie, un adolescent écrit au gouvernement
Scolarisé dans un collège privé de Lisieux (Calvados), un élève a subi pendant l’année scolaire 2023-2024 des insultes racistes à répétition. Choqué par l’absence de sanction au sein de son établissement, il a décidé d’écrire au gouvernement.
Article Ouest-France - Publié le
Pendant huit longs mois, il est pris pour cible par plusieurs de ses camarades. Son récit donne la nausée : « On me traitait de singe. On me traitait d’esclave. On me disait d’aller ramasser du coton. On me fouettait avec des vêtements. » Des insultes lancées parfois jusqu’en classe, sous le nez des professeurs. « Mais ils n’entendaient pas. »
Le silence, « par peur des représailles »
Face à ses bourreaux, Thomas aura tout essayé. Rire, ignorer, répondre… Rien n’y fait. Longtemps, il garde le silence, « par peur des représailles ». Mais finit par céder, en avril 2024, et raconte tout à ses parents.
Ils avaient bien remarqué que quelque chose avait changé. « Ses notes ont chuté,décrit sa mère, Élodie*. De timide et calme, il est devenu renfermé et irritable. On mettait ça sur le compte de l’adolescence. » C’est la douche froide.
« Des blagues »
Ses parents prennent rendez-vous avec le proviseur du collège. S’il promet d’intervenir à l’avenir, aucune sanction n’est prise contre les harceleurs de Thomas. « Il nous a dit qu’il ne pouvait pas punir autant d’élèves. »
Début juin, l’adolescent reçoit des menaces de violences physiques. Son agresseur et lui sont convoqués par le proviseur. « Il me dit qu’il ne pouvait rien faire, que c’était parole contre parole. Que j’aurais dû parler plus tôt. » Pourtant, son harceleur reconnaît les faits, qu’il présente comme « des blagues ».
Inquiets pour sa sécurité, les parents de Thomas décident de le garder à la maison. « Ce n’est pas juste, je suis puni à sa place », soupire-t-il.
Selon l’établissement, le camarade de Thomas a finalement reçu quatre heures de retenue. Une punition qui semble bien légère à Élodie : « Quatre heures de colle pour huit mois de harcèlement, on ne comprend pas. »
« C’est de pire en pire »
La réaction de l’établissement face au racisme a également choqué Thomas et sa mère. « Le proviseur et sa professeure principale nous ont dit que cela avait toujours existé, qu’il fallait s’y faire », confie, Élodie.
Inutile de lui rappeler. À 14 ans, Thomas connaît déjà bien le racisme. Il en a été victime dans son enfance, puis à chacune de ses années de collège. « Tous les ans, c’est de pire en pire, soupire-t-il. Ce n’est pas normal d’en vouloir à quelqu’un juste pour sa couleur de peau. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir autant de haine. »
Le racisme n’est pas une opinion, mais un délit. L’injure raciste publique, par exemple, est passible d’un an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
Une lettre au gouvernement
Il y a quelques jours, Thomas a envoyé un courrier au Premier ministre Gabriel Attal et à la ministre de l’Éducation nationale, Nicole Belloubet. Il leur propose des pistes pour améliorer la prévention du harcèlement dans les établissements scolaires : « On accroche des affiches, mais celles-ci mettent l’accent sur les victimes, en les encourageant à parler. Ça ne suffit pas. Il faudrait aussi dire ce que risquent les harceleurs. »
Avant de souligner l’impact limité des campagnes d’affichage : « Les affiches font partie du décor, on ne les remarque plus. Il faudrait une annonce du proviseur dès la rentrée, pour dire que les harceleurs seront punis. »
Contactée par Ouest-France, la direction diocésaine de l’enseignement catholique du Calvados n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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