Violences sexuelles dans l'Église : une plaque mémorielle dévoilée dans un collège privé catholique à Brest
Victimes de deux prêtres pédophiles pendant leur scolarité dans les années 1960 et 1970, trois hommes ont dévoilé une plaque mémorielle mardi soir au collège-lycée Charles de Foucauld à Brest (Finistère). Cet acte de réparation est une première en France dans un établissement scolaire.
Publié le mercredi 29 mai 2024 à 10:12 - Article France-Bleu
"Dans cet établissement, durant la période 1960-1980, deux prêtres ont commis des agressions sexuelles contre des enfants qui leur étaient confiés." Ces mots gravés sur une pierre en granit breton font désormais partie du décor, à l’entrée de l’aumônerie du collège et lycée Charles de Foucauld à Brest (Finistère). La plaque a été inaugurée mardi 28 mai par trois hommes abusés au cours de leur scolarité, en présence de Mgr Laurent Dognin, l’évêque de Quimper, et de Ronan Walter, directeur du Groupe scolaire de l’Estran.
Une cérémonie très émouvante pour les victimes et leurs proches venus les soutenir dans cette épreuve. Gérard Bihan, 68 ans, en a eu les larmes aux yeux : "C'était un moment poignant, qui fait du bien, qui soulage. Même si pour moi le travail n'est pas fini, il va falloir que je continue à parler de tout ce que j'ai vécu."
"Cette plaque pour nous, c'est une reconnaissance, insiste Philippe Abguillerm, 67 ans, agressé sexuellement par un prêtre enseignant entre 12 et 14 ans. L’évêque nous a demandé pardon, l’institution de l’enseignement catholique reconnaît, l’établissement reconnaît, c’est très important pour nous."
"Une cicatrice qui reste à vie"
Les trois retraités s’étaient décidés à témoigner auprès de la Ciase (commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise) après un demi-siècle de silence. Depuis 2022, les personnes victimes de prêtres pédophiles sont accompagnées par l’Inirr, l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des violences sexuelles dans l’Église. "Il y a une réparation financière mais ça n’exclut pas d’autres réparations. Philippe par exemple a déjà lu une lettre sur la tombe de son agresseur, c’était aussi une démarche restaurative. Et ils avaient ensemble cette volonté de mettre une plaque", explique Laure de Balincourt, référente à l’Inirr.
Une soixantaine de victimes dans le Finistère
Sollicité il y a plusieurs mois, Mgr Laurent Dognin a tout de suite donné son accord, lui qui a célébré dernièrement une messe à Plouguerneau en hommage aux victimes de violences sexuelles. "Vivre des temps comme ça, ça nous sensibilise encore davantage sur la souffrance des victimes, sur l’importance de la prévention. Nous-mêmes, on souffre énormément de ce qu’il s’est passé. On fait le deuil en quelque sorte d’une époque qui a été assez douloureuse pour tout le monde."
D’après l’évêque de Quimper et Léon, depuis le rapport de la Ciase, une soixantaine de victimes se sont manifestées dans le diocèse.

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