«Ils imitaient des cris de singe» : dans un lycée privé de Seine-et-Marne, des élèves suscitent l'indignation avec un black face
«Ils imitaient des cris de singe» : dans un lycée privé de Seine-et-Marne, des élèves suscitent l’indignation avec un black face
Au lycée catholique Sainte-Céline de La Ferté-sous-Jouarre, trois lycéens ont peint leur visage en noir lors du carnaval. Malgré la colère des élèves et de leurs parents, la direction de l’établissement ne condamne pas ces comportements.
par Yassine Karchi
publié le 13.3.24 à 11h23
Au lycée catholique Sainte-Céline de La Ferté-sous-Jouarre, trois lycéens ont peint leur visage en noir lors du carnaval. Malgré la colère des élèves et de leurs parents, la direction de l'établissement ne condamne pas ces comportements.
«On est en 2024, et cela se produit encore», s'inquiète Jonathan (1), choqué. Les faits remontent au 7 mars. Ce jour-là, c'est carnaval au lycée catholique privé Sainte-Céline de La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne). Les élèves, tous déguisés, défilent à tour de rôle dans une bonne ambiance. Trois jeunes lycéens se font alors remarquer. «Ils étaient peints en noir avec des lances en bois et de longues robes», décrit le lycéen en classe de terminale. Un déguisement qui s'assimile à un black face, une pratique raciste consistant à se grimer le visage en noir, jadis présentée comme humoristique en France. L'événement a provoqué l'indignation d'une partie des élèves et de leurs parents, mais pas celle de la direction de l'établissement.
Véronique (1), parent d'élève, raconte que certains lycéens «ont été extrêmement choqués et sont rentrés en larmes chez eux». Loin de faire des émules, ces «déguisements» ont suscité de vives réactions au sein du lycée. Dès le matin, les trois lycéens, qui avaient prévenu leurs camarades plusieurs jours avant sur le choix de leur tenue de carnaval, débarquent dans les couloirs et se font remarquer. Selon Alice (1), scolarisée en classe de terminale, «ils imitaient des cris de singes et avaient des comportements un peu problématiques, racistes». Un autre lycéen de terminale raconte qu'il a «trouvé déplacé de venir déguisé comme ça. Il y a le poids de l'histoire derrière, et les discriminations qui vont avec». Les trois jeunes hommes ont toutefois remporté le prix du meilleur déguisement après un vote par les élèves du lycée.
«Toute la journée, des élèves se sont plaints»
L'émoi se retrouve aussi du côté des adultes. «C'est une humiliation pour nous», raconte un parent d'élève. Choqués, certains d'entre eux se sont mobilisés pour avoir une réaction de la direction, qui jusque-là n'a jamais condamné le comportement des trois lycéens. «Toute la journée, des élèves se sont plaints, et la CPE disait que ce n'était pas si grave. Elle ne les défendait pas ouvertement mais elle ne les a pas non plus sanctionnés», explique Alice. La mère d'Alice, voyant la «colère» de sa fille, a pris les devants et a décidé de contacter la directrice. «J'ai envoyé un message très cordial dans lequel je m'interrogeais avec une volonté de dialogue. Je lui ai envoyé un article de presse sur le blackface», retrace-t-elle.
Dans l'échange, que Libération a pu consulter, la directrice tente de se justifier : «Nous expliquons aux jeunes qui s'interrogent que les déguisements de ces élèves, eux-mêmes d'origines diverses, n'avaient aucune connotation raciste ou de moquerie, il s'agissait de déguisement de guerrier Masaï pour carnaval [...] Nous leur expliquons également qu'il faut arrêter de voir le mal partout [...] Néanmoins, il est clair qu'en ce qui concerne les agissements qu'ils ont eus [les cris de singe, ndlr], nous ferons ce qui est de notre devoir.» Contactée par téléphone, la direction de l'établissement a indiqué ne pas souhaiter répondre à nos questions. Pourtant, dans un autre mail envoyé à tous les parents d'élèves du lycée, la directrice les met en garde car elle a «appris qu'un journaliste de Libération était rentré en contact avec certains lycéens par le biais des réseaux sociaux». «Il me semble important que vous puissiez en parler avec vos enfants puisque cela soulève un questionnement, à savoir qu'un journaliste puisse faire réagir en direct des mineurs et que leurs propos soient mal compris et sortis de leur contexte», avance-t-elle.
Plainte contre X
Indignés par l'absence de réaction de la direction de l'établissement, six parents d'élèves ont décidé de saisir le Conseil représentatif des associations noires (Cran), qui a déposé plainte contre X pour «injures publiques à caractère racial, provocation publique à la haine raciale, discrimination». «Il y a très longtemps qu'on n'a pas eu de cas de black face au Cran, tient à souligner l'avocat Alex Ursulet, désigné par la fédération. Il y a une parole raciste qui se libère avec ce genre de comportement», s'inquiète-t-il.
(1) Les prénoms ont été modifiés.
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