D’anciens élèves de l’établissement catholique privé Notre-Dame de Bétharram dénoncent un « régime de la terreur »

 

D’anciens élèves de l’établissement catholique privé Notre-Dame de Bétharram dénoncent un « régime de la terreur »

 Par  (Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques) et Pau, envoyé spécial)
Publié 12.3.24 à 06h00, modifié hier à 13h07

Trente-trois anciens élèves de cet établissement privé catholique sous contrat situé à moins de 30 km de Pau ont déposé plainte pour des faits de viols, d’agressions sexuelles et de violences qui se seraient principalement déroulés entre 1970 et 1990.

C’était la même angoisse tous les dimanches matin. Emmanuel (les personnes citées par un prénom ont requis l’anonymat) jetait un œil à sa montre toutes les cinq minutes. Cette montre offerte à sa communion et dont les aiguilles ne cessaient de tourner. Chaque minute rapprochait le jeune garçon, 10 ans, du départ du bus, à 19 heures. Direction Notre-Dame de Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), l’institut catholique pour garçons, à trente minutes de Pau, où il a vécu en internat, la semaine, de 1973 à 1980.

A 60 ans aujourd’hui, le Palois a encore les mains qui tremblent, la voix qui se bloque ou les larmes qui coulent en se plongeant dans ces souvenirs douloureux. Dès le CM2, il découvre « le régime de la terreur » et les « pétages de gueule ». En journée, lui et ses camarades ont un « jeu » : se plaquer contre un mur dès qu’ils croisent un des prêtres de l’établissement, pour éviter les caresses sur les fesses. Emmanuel a subi des agressions sexuelles. « J’ai eu de la chance, je n’ai pas été violé », estime-t-il, comme un moindre mal.

Les trois dernières années à Bétharram, Emmanuel a porté un gant de toilette dans son slip, qu’il mettait en cachette chez ses parents le dimanche, en fin d’après-midi, pour se protéger des attouchements. Le jeune homme est sorti « cassé » de cette scolarité, et a passé une partie de sa vie en haute montagne, coupé du monde. Il est toujours saisi d’angoisse le dimanche soir. Depuis 1980, il n’a plus jamais porté de montre.

Depuis le début de l’année 2024, 33 anciens élèves ont déposé plainte pour des faits de violences, d’agressions sexuelles ou de viols au sein de l’ensemble scolaire Notre-Dame de Bétharram, rebaptisé Le Beau Rameau, en 2009. Les faits se sont surtout déroulés entre 1970 et 1990, dans cet établissement privé sous contrat des Pyrénées-Atlantiques. Selon les victimes, qui se sont constituées en collectif, environ la moitié des plaintes seraient de nature sexuelle et deux concerneraient des faits non prescrits. L’ensemble vise pour l’instant 6 prêtres (dont cinq, au moins, sont décédés) et 2 surveillants laïcs. Le 1er février, le parquet de Pau a ouvert une enquête préliminaire. Le ministère de l’éducation nationale indique, de son côté, que « les services académiques sont en lien avec l’autorité judiciaire au sujet de la procédure judiciaire en cours », précisant que l’académie de Bordeaux « procède régulièrement à des contrôles sur les établissements privés sous contrat sur la base du respect des exigences pédagogiques réglementaires découlant de la passation du contrat ».

« La violence arbitraire en continu »

Les nombreuses victimes ont conscience qu’elles s’attaquent à une institution du Sud-Ouest. Situé à la sortie de Lestelle-Bétharram, village de 800 habitants à 20 kilomètres de Lourdes, l’ensemble scolaire est austère. Au-dessus des bâtiments en bord du gave de Pau, un chemin de croix qui mène au sanctuaire et au cimetière serpente au milieu d’une forêt à flanc de colline.

L’établissement, qui accueille aujourd’hui 520 élèves de la maternelle au lycée, bénéficie depuis plusieurs décennies d’une excellente réputation. Le taux de réussite au baccalauréat est très élevé et des notables de toute la région y ont envoyé leurs enfants, autant pour construire leurs réseaux que pour les confronter à une éducation à la dure. « Si tu n’es pas sage, tu iras à Bétharram » : le simple nom de l’établissement a fait frémir des générations de jeunes Béarnais, Bigourdans, Basques, Landais et Bordelais. L’institut, fondé en 1837 et tenu par la congrégation des prêtres du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram (cogéré par les Filles de la Croix depuis 2009), était connu pour recadrer des gamins en mal de discipline par ses méthodes musclées.

A l’excès. C’est ce qu’a voulu dénoncer Alain Esquerre, en octobre 2023, en créant un groupe de victimes de Bétharram sur Facebook. Quelques jours auparavant, cet homme de 52 ans, habitant de Lestelle-Bétharram, recroise un surveillant de l’établissement dont il garde de très mauvais souvenirs. C’est le déclic : « Il fallait laisser un témoignage à la postérité pour dire que ce que j’ai vu, ce n’était pas normal », s’indigne celui qui a été externe là-bas, dès ses 9 ans, de 1980 à 1986. Il dit avoir été victime de violences corporelles et psychologiques de la part de deux laïcs dans ce qu’il appelle « le goulag ». « A Bétharram, on a vécu la violence arbitraire en continu. On se faisait rosser. J’ai vu des visages ensanglantés de gosses, témoigne-t-il. Celui qui ne frappait pas n’était pas respecté là-bas. »

Selon plusieurs victimes, le moindre chuchotement pouvait entraîner des sévices. En plus des claques et des coups de pied, les coups de règle en bois pleuvaient sur des ongles détruits, certains se faisaient arracher les cheveux, d’autres restaient à genoux sur une règle métallique jusqu’à ce que perlent des gouttes de sang. Il n’était pas rare que les jeunes garçons soient punis pour le week-end, afin qu’ils ne rentrent pas chez leurs parents en portant les stigmates des violences.

« Quand je suis arrivé là-bas, je crois que je me suis dit que j’allais y rester », confirme Thierry, 53 ans, commerçant dans la région. Lui a été interne à Bétharram à partir de la 6e, de 1980 à 1983, envoyé là-bas par ses parents à cause de ses mauvais résultats scolaires. Il a surtout été victime d’un des deux laïcs, surnommé « Cheval » pour sa démarche particulière. Il se souvient des grands dortoirs avec 50 petits lits alignés et des mises à la porte si le surveillant interceptait des chuchotements après l’extinction des feux. « Quand on nous mettait à la porte dans le couloir, on savait qu’un surveillant allait passer et on attendait la baston du soir. On se pissait dessus, on était tétanisés », confie-t-il, les yeux dans le vide, se repassant les images dans sa tête. Il n’a pas osé en parler à ses parents. « On savait que si on racontait ce qu’on nous faisait, on prenait le double à la maison. »

« Je me disais que c’était juste un mauvais moment à passer »

Aucune punition ne surpassera celle du « perron », marquée à jamais dans l’esprit de tous. Thierry y a été deux fois, sur ce perron, au bord du gave. Les enfants devaient y rester plusieurs heures, la nuit, sous des températures négatives, simplement vêtus d’un pyjama. Certains y auraient passé des nuits entières avant de sonner les cloches à 7 heures du matin pour réveiller les autres élèves. Un traumatisme pour Thierry : « Je suis allergique aux cloches aujourd’hui, je ne peux plus les entendre. Ça me rappelle trop de mauvais souvenirs. »

 A la fin de l’année 2023, la presse locale se fait l’écho du groupe Facebook de victimes et les témoignages affluent. Alain Esquerre découvre alors les premières histoires d’agressions sexuelles, qu’il ne soupçonnait pas encore. Olivier, 53 ans, a, lui aussi, longtemps cru qu’il était seul à taire un lourd secret. Le seul à être réveillé au beau milieu de la nuit par un des surveillants, qui lui jetait des pâtes de fruit avant de le sortir du dortoir. « Il me mettait sur ses genoux, je sentais son sexe. Puis il m’embrassait. Je me souviens de sa moustache et de son haleine dégueulasse. Puis il m’obligeait à le masturber et à lui faire des fellations. Je me disais que c’était juste un mauvais moment à passer », confie Olivier, arrivé à Bétharram en 1982, à 11 ans.

Le garçon tente à l’époque d’en parler à sa grand-mère, avec laquelle il vit le week-end à Bayonne. Très pieuse, celle-ci le traite de menteur. « C’est en lisant tous les témoignages en décembre [2023] que je me suis dit que je n’avais pas fabulé », dit-il. C’est aussi après une discussion récente avec Alain Esquerre qu’il met un mot sur ce qui lui est arrivé : un viol. Un terme encore difficile à prononcer pour ce gaillard au physique de rugbyman. Lui ne mange plus de pâtes de fruit aujourd’hui et préfère toujours faire un détour en voiture plutôt que de passer à Lestelle-Bétharram, à quelques kilomètres de là où il vit.

Ce n’est pas la première fois que Notre-Dame de Bétharram est attaquée pour ses dérives. En 1996, Jean-François Lacoste-Séris avait déposé une plainte pour « coups et blessures volontaires ». Son fils Marc, 14 ans à l’époque, avait perdu 40 % d’audition après une violente gifle d’un surveillant général. Mais l’artisan de Gelos (Pyrénées-Atlantiques) ne trouve alors aucun soutien parmi les parents d’élèves. Pire, il doit même présenter des excuses et démissionner de l’association des parents d’élèves, dont il était le vice-président. Un comité de soutien à Bétharram se forme pour défendre l’établissement, qui compte des noms prestigieux dans ses anciens élèves, comme le directeur du Fonds monétaire international et ancien gouverneur de la Banque de France Michel Camdessus, le député RPR des Yvelines Michel Péricard ou encore le couturier Jean-Charles de Castelbajac.

« J’avais apporté mon soutien à l’institution en tant qu’école de mon enfance, à laquelle j’étais attachée, reconnaît aujourd’hui le styliste. En regardant avec perspective, c’est vrai que je n’ai pas que des très bons souvenirs. Il y avait une réelle maltraitance. Mais les autres pensionnats n’étaient pas mieux. » L’affaire est d’autant plus sensible que l’un des fils de François Bayrou, alors ministre de l’éducation nationale, fréquente l’établissement. « On a ressenti qu’on s’attaquait à une institution de la région. On dérangeait un ordre », se souvient Jean-François Blanco, avocat de Jean-François Lacoste-Séris.

« Pour lui, c’était un honnête homme »

Face à lui, Me Serge Legrand (décédé en 2019), représentant de l’établissement qu’il avait lui-même fréquenté, soutenu par huit confrères du barreau de Pau. Seule une professeure s’était insurgée contre le climat de violence à Bétharram et avait distribué à ses élèves le numéro vert d’Enfance maltraitée, tout juste créé. Le surveillant ayant giflé Marc sera condamné à une amende de 5 000 francs avec sursis. Jean-François Lacoste-Séris n’a pas souhaité revenir sur cette histoire, préférant « tourner la page ».

C’est surtout l’affaire du père Silviet-Carricart, en 1998, qui va ébranler l’institution. Une histoire qui débute par hasard lors de l’interpellation de Frédéric, en décembre 1997, pour exhibitionnisme, par la brigade des mœurs à Bordeaux. Le jeune homme d’une vingtaine d’années, ancien pensionnaire de Bétharram, est agité en garde à vue. Le commissaire l’interroge, et Frédéric raconte que M. Silviet-Carricart, père supérieur responsable de l’institution, a tenté de le violer et lui a imposé une fellation, le jour des funérailles du père du jeune homme. Il fait le récit d’autres nuits où des faits similaires se sont produits. Le témoignage est transmis au parquet de Pau. Le 25 mai 1998, Pierre Silviet-Carricart, 58 ans, est entendu puis mis en examen pour viol et écroué par le juge d’instruction Christian Mirande.

Son maintien en détention est de courte durée. Son avocat, Serge Legrand, obtient un placement sous contrôle judiciaire de la chambre d’accusation, qui assouplit à nouveau cette mesure en autorisant le religieux à quitter le territoire, quelques semaines plus tard. « Les motifs invoqués par la chambre d’accusation pour remettre en liberté un prévenu hors du commun étaient ceux qui habituellement justifiaient le maintien en détention », s’étonne encore aujourd’hui Thierry Sagardoytho, l’avocat qui assistait Frédéric. Le père Carricart s’envole alors pour Rome, au siège de sa congrégation. « Le Vatican a eu la mainmise sur ce dossier. Il l’a exfiltré pour l’écarter du scandale », reprend Me Sagardoytho.

Le juge Mirande lui-même avait refusé la demande de remise en liberté. « Les doutes que j’avais au départ sur les liens du père Carricart avec la nomenklatura locale se sont confirmés », analyse-t-il aujourd’hui. Le juge d’instruction à Pau de 1989 à 2003 assure avoir eu quelques discussions avec sa hiérarchie ou des élus locaux qui « s’inquiétaient de la situation du père Carricart ».

Au moment de la mise en examen du prêtre, Christian Mirande reçoit même la visite de François Bayrou, alors député UDF des Pyrénées-Atlantiques. « Il est venu me parler toute une après-midi de cette affaire, au début de la procédure, de façon feutrée. Il n’arrivait pas à croire que Carricart ait pu avoir un tel comportement déviant. Pour lui, c’était un honnête homme. Il s’inquiétait au regard de la présence de son fils dans l’établissement », rapporte le magistrat. Contacté par Le Monde, le président du MoDem nie avoir eu toute discussion sur le sujet avec le juge Mirande. « Je ne connaissais pas le père Carricart, si ce n’est peut-être de vue, se défend l’homme politique. Jamais je n’ai été au courant de cette histoire à ce moment-là, je n’ai jamais entendu parler des accusations de viol. »

« J’ai une violence inouïe en moi encore maintenant »

Puis vient une seconde plainte pour des faits similaires, en novembre 1999. Le prêtre est de nouveau convoqué dans le bureau du juge, qui prévoit une nouvelle mise en examen. « Je ne supporterais pas un autre séjour en prison », écrit Pierre Silviet-Carricart à son avocat, niant les accusations de viol. Puis dans une nouvelle lettre, début janvier 2000 : « J’ai accompli mon chemin de croix, je suis au Golgotha. » Son corps sera repêché dans le Tibre, à Rome, le 2 février 2000 par la police italienne.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Alors que de nombreux notables, dont l’épouse de François Bayrou, ont assisté aux obsèques du père Carricart, enterré dans le cimetière au-dessus de Notre-Dame de Bétharram, les avocats de la partie civile demandent une exhumation du corps. Le motif : le cadavre repêché dans le Tibre ferait 1,75 mètre, selon le rapport des autorités italiennes, alors que les papiers d’identité du prêtre indiquent 1,70 mètre. Autrement dit, est-ce vraiment le père Carricart au fond du trou ?

« Je ne vous raconte pas la réaction du clergé local quand j’ai demandé l’exhumation, s’amuse Christian Mirande. Lors d’un sermon, le curé de Nay, une commune voisine, m’a jeté en pâture pendant la messe. » La rumeur de l’époque veut que certains aient demandé l’excommunication du juge. Les avocats et le juge sont formels : il s’agit bien de Pierre Silviet-Carricart. Les cinq centimètres resteront un mystère. Et l’histoire judiciaire s’arrêtera là.

Il aura fallu vingt années supplémentaires pour entendre de nouveaux témoignages. Eric Veyron a « honte de ne pas avoir parlé avant ». Cet agent hospitalier de 55 ans, un look de biker, crâne chauve, tatoué de la tête aux pieds, raconte, lui, avoir été victime de viol de la part d’un prêtre dans l’établissement, qu’il a fréquenté de 1979 à 1982. « J’ai passé deux ans à ne pas dormir. Quand je voyais sa lampe arriver dans le couloir, je me disais juste : “Pourvu que ça ne tombe pas sur moi cette fois” », se remémore-t-il. Eric Veyron a eu un parcours de vie cabossé, par la suite. Il est tombé dans l’alcool, dans le shit. Il se définit lui-même comme un « spécialiste de la beigne », qu’il utilise pour résoudre les conflits : « J’ai une violence inouïe en moi encore maintenant », reconnaît-il.

Sa bouée de sauvetage a été de rencontrer Jean-Marie Delbos, 77 ans, lui aussi interne à Bétharram, de 1956 à 1962, et violé par un autre prêtre. L’homme avait tenté à l’époque d’alerter la direction. « Les prêtres ont menacé ma famille de nous prendre tous nos biens si on révélait ce qu’il s’était passé. On avait plus peur des curés que des gendarmes en ce temps-là », se souvient le retraité. Lancée en 2017 par l’évêché de Bayonne, une enquête canonique avait conclu à un non-lieu dans cette affaire. Ce n’est qu’il y a quelques mois que Jean-Marie Delbos a reçu une indemnisation et une lettre d’excuse, après des démarches auprès de la commission reconnaissance et réparation (CRR), créée en 2021 pour venir en aide aux personnes victimes de violences sexuelles commises par des membres d’instituts religieux. Eric Veyron a aussi sollicité la CRR. « Même s’il n’y aura jamais assez de zéros sur leur chèque pour effacer les blessures », regrette l’ancien pensionnaire. De son côté, la commission indique suivre une vingtaine de dossiers, pour l’instant. Mais nombreux sont ceux qui mettent en cause un laïc, situation pour laquelle elle n’est pas compétente.

De la « mauvaise pub »

Les soutiens aux victimes sont restés timides. « Dans notre diocèse comme dans l’ensemble du pays, les catholiques et l’opinion sont, à juste titre, terriblement choqués par ces révélations, comme je le suis moi-même, toujours solidaire des victimes que nous devons porter dans la prière », s’est exprimé, par le biais d’un communiqué, le 16 février, monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne. Le maire de Lestelle-Bétharram, Jean-Marie Berchon, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, a, lui, mis en garde contre « l’emballement médiatique » dans cette histoire auprès du quotidien Sud-Ouest, le 13 février. « On ne ressent pas une envie d’aller vers les victimes et de travailler avec nous », regrette Alain Esquerre. Un commerçant de Lestelle-Bétharram lui a reproché de faire de la « mauvaise pub ».

L’ancien pensionnaire a échangé, en février, avec Romain Clercq, directeur de l’établissement du Beau Rameau depuis 2011, mais sans grands résultats selon lui. Le 14 février, un surveillant de l’établissement, travaillant depuis 1984 à l’internat et visé par plusieurs plaintes, a été suspendu « grâce à la pression médiatique », dénonce Alain Esquerre. « J’ai pris cette décision, peu après la connaissance des dépôts de plaintes, afin d’appliquer un principe de précaution sans pour autant remettre en cause la présomption d’innocence », explique Romain Clercq.

« Conscients de la souffrance des victimes de ces actes abominables, nous nous sommes engagés dès que nous avons pris connaissance des premiers témoignages à tout mettre en œuvre pour qu’elles soient accompagnées du mieux possible dans ce douloureux et âpre processus de reconstruction », complète Jean-Marie Ruspil, vicaire régional de la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram et responsable de l’établissement, auprès du Monde. Contacté par l’Agence France-Presse quelques semaines plus tôt, il avait dit aussi « regretter que ne soient pas mis en lumière les bons souvenirs d’anciens ».

Alain Esquerre ne perd pas espoir de faire la lumière sur tous les agissements à Bétharram. Le groupe Facebook compte aujourd’hui 818 membres et les témoignages s’accumulent. Selon lui, il s’agit là d’« un des plus gros scandales de pédophilie des cinquante dernières années ». Il s’apprête à déposer un troisième corpus de plainte au mois d’avril. « Au moins plusieurs dizaines », promet-il. Des plaintes qu’il garde dans une épaisse pochette bleue déchirée au fond de son attaché-case, qui ne sont que « la partie émergée de l’iceberg », juge-t-il.

Aujourd’hui, l’établissement a perdu de sa superbe. Un des bâtiments est en ruine, les salles de classe délabrées ont été transformées en terrain de jeux pour les graffeurs et les fans d’Airsoft. Les nombreux terrains de sport, témoins d’un âge d’or de l’institution, sont à l’abandon. Les poteaux ont rouillé, le mur de pelote basque a noirci. Sur les murs d’un abri, un poème, daté de 2014-2015, a été gribouillé :

« Sonnet qu’un au revoir, aux prochains littéraires

Eternel assommoir, second cercueil de l’âme

Toujours ce bel espoir de quitter Notre-Dame

Et ne plus jamais voir ce bagne centenaire

Seuls les L trouveront le secret de ces vers

Tous ensemble ils devront pour éviter le drame

Attraper leurs crayons brandissant l’oriflamme

Réussir leur mission ou rester en enfer. »

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

«On ne sait pas ce que va devenir l’École» : une guerre de succession plonge l’École alsacienne dans la crise

43 ans au service de l'enseignement catholique. Suspendue par le rectorat de Versailles à un mois de la retraite, à la demande du directeur du Sacré Coeur

A Madame Laubignat, présidente de l'APEL seule association de parents d'élèves autorisée par l'enseignement catholique - cas Montrouge