L’établissement scolaire Notre-Dame de Bétharram, une institution ébranlée par des accusations de violences
L’établissement scolaire Notre-Dame de Bétharram, une institution ébranlée par des accusations de violences
La menace, récurrente, pesait sur les élèves turbulents du Sud-Ouest : «Si tu ne bosses pas, tu vas finir à Bétharram.» Au bord du gave de Pau, dans une vallée des Pyrénées, entre Pau et Lourdes (Pyrénées-Atlantiques), s’élèvent encore les austères parois en granit de l’ancien Institut Notre-Dame de Bétharram. Au fil des décennies, avant que 33 plaintes pour agressions physiques, sexuelles et viols ne soient déposées auprès du procureur de la République de Pau début février, l’ensemble scolaire catholique regroupant école, collège et lycée s’était forgé une solide réputation. Créé en 1837, l’établissement, renommé le Beau-Rameau en 2009, était connu pour la réussite scolaire qu’il assurait, mais aussi sa rigueur, voire sa sévérité.
«On savait qu’on sortirait avec le bac en poche»
«Quand on rentrait à Bétharram, c'était pour y filer droit», se rappelle auprès de Libération Pascal, venu de Bordeaux à la fin des années 80. Fortes têtes, cancres, enfants de notables... Tout le monde devait bosser dur. «[Les familles] choisissaient cet établissement parce que les élèves y étaient très encadrés ou parce que les enfants posaient des problèmes de comportement, témoigne Jean-Marie Berchon, maire de Lestelle-Bétharram et lui même ancien élève de l'institut, auprès de Sud-Ouest.
Dans les classes aux vieux pupitres de bois, «les cours étaient durs, mais on savait qu'on sortirait avec le bac en poche», poursuit Pascal. Cette réputation d'exigence s'est construite année après année, élève après élève. Dans les couloirs se sont notamment succédé l'ancien gouverneur de la Banque de France, Michel Camdessus, l'ancien député RPR Michel Péricard, le couturier Jean-Charles de Castelbajac ou encore Calixte Bayrou, fils de François.
Une bonne réputation à défendre
Etudier et vivre dans un établissement privé coté chez les notables du Sud-Ouest, «ça coûtait une blinde, rappelle Thomas (1) à Libé. Dans mes souvenirs c'était 2 500 francs le trimestre». Alain Esquerre, ancien élève à l'origine du dépôt des 33 plaintes, donne un montant plus précis : «2 250 francs le trimestre pour l'internat.» Malgré le coût certain d'une telle scolarité dans les années 80, près de 600 élèves se bousculaient dans l'institut et près de 500 y résidaient chaque année.
Parmi ces anciens élèves, nombreux sont ceux qui ont cherché à préserver la notoriété de leur établissement en serrant les rangs. Dès 1996, quand une plainte pour violence physique avait été déposée contre un surveillant, Jean-Charles de Castelbajac ou Michel Péricard avait formé un comité de soutien pour défendre leur bahut. «C'était les années 60, 70, 80, bien loin des méthodes actuelles. Il faut recontextualiser tout ça», plaide le maire de Lestelle-Bétharram auprès de Sud-Ouest, face aux nouvelles plaintes déposées en février, bien que condamnant les violences sexuelles. «Le cadre éducatif était très strict, trop strict pour certains, mais c'est convenu comme ça...» peut-on également lire sur des groupes Facebook d'anciens élèves.
Thomas, qui a enchaîné sa scolarité à Notre-Dame avec son service militaire, est moins conciliant avec l'institution : «A côté de Bétharram, l'armée, c'était le paradis.»
(1) Le prénom a été modifié.

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