Malaise général au collège Notre-Dame-de-Bon-Accueil
Après le jet de pierre sur une enseignante, ce collège de Loire-Atlantique suspend trois élèves
Malaise général au collège Notre-Dame-de-Bon-Accueil, à Gorges où un
tiers des profs sont en arrêt-maladie suite à la hausse de la violence.
Un élève a jeté une pierre sur une prof
Par Laurent Fortin
Publié le
Article L'Hebdo Sèvre & Maine
Ils ont voulu dire stop à une situation qui ne faisait que de se dégrader. Le mardi 12 décembre, les enseignants du collège privé Notre-Dame-du-Bon accueil à Angreviers, à Gorges, ont exprimé leur désarroi et leur colère après l’agression d’un des leurs en plein cours.Ce jour-là, l’une d’elles a reçu une pierre dans le dos après une altercation avec des élèves. Ils ont demandé un droit de retrait.
« C’est invivable »
Finalement, cela s’est transformé en plusieurs réunions d’échanges avec des représentants de la Fondation des Apprentis d’Auteuil, gestionnaire depuis 2006, de cet établissement qui accueille des élèves en difficulté d’apprentissage scolaire et en perte de confiance en soi, de la 6e à la 3e, mais aussi du CE2 au CM 2.
Le malaise dure depuis plusieurs mois dans ce groupe scolaire. Harcèlements, insultes, menaces… sont relatés par l’équipe pédagogique.
Il est fréquent que des enseignants se fassent hurler dessus. D’autres ont même été enfermés dans leur salle de classe. Des membres du personnel ont aussi été visés par des crachats… C’est invivable.
Un tiers des enseignants en arrêt-maladie
D’ailleurs, certains, ayant craqué nerveusement, multipliant les crises d’angoisse, n’arrivant pas à trouver le sommeil ou au bord de l’épuisement professionnel, avaient été mis en arrêt-maladie bien avant l’agression du 12 décembre. Cinq enseignants sur les 16 en poste sont concernés.
Si bien que depuis septembre, certains cours d’anglais ne sont pas assurés, et, depuis octobre, des cours de français.
Lors de ces nombreux créneaux vides dans l’emploi du temps, les élèves sont pris en charge par les éducateurs qui eux aussi sont en sous-effectif. Débordés, ils ont du mal à occuper ces adolescents, avec des activités qui font sens.
Pour combler le tout, l’établissement fonctionne sans responsable de vie scolaire qui a démissionné en octobre. Le ras-le-bol est total, à tel point que la moitié des enseignants, dont certains ont été nommés ici sans leur consentement, ont déjà demandé à ne plus être ici à la rentrée 2024.
Plusieurs solutions pour la reprise
La direction régionale de la Fondation d’Auteuil est « venue soutenir » les équipes pédagogiques. Et tenter de trouver des solutions pour la reprise le lundi 8 janvier.
Nous en avons décidé plusieurs. A commencer par suspendre, les trois élèves co-responsables de l’agression de l’enseignante par un jet de pierre (ndlr. l’auteur précis n’avait pu être identifié, la pierre ayant été lancée dans le dos), ce qui était primordial pour rependre sereinement. Ensuite, un responsable de vie scolaire a été nommé et sera présent au retour des congés. Enfin, nous avons instauré avec le personnel, une nouvelle organisation qui sera testée pendant au moins trois semaines, comme une refonte de l’emploi du temps en fonction des absences, redéfinir l’échelle des sanctions (notamment celles qui méritent l’exclusion d’un cours) et remettre en place des rituels (aller chercher les jeunes sur la cour après la pause pour replacer un cadre avant l’entrée en classe, rappeler en vie de classe les notions de bien vivre en classe, réinstituer le binôme prof-éducateur pour chaque cours afin de reposer le cadre…).
Ligne rouge franchie
Pour le référent régional de la fondation, cette nouvelle organisation a été « définie et actée en commun ».
C’était important pour ne pas laisser une reprise dans l’inconnue, auquel cas il y aurait des arrêts supplémentaires. Cependant, je ne suis pas naïf, ce n’est pas noir ou blanc. On n’aura pas réglé tous les problèmes avec ces mesures. Il faudra poursuivre. Nous sommes face à une crise majeure. Comme l’établissement n’en avait jamais connu d’aussi importante. On sait à la Fondation des apprentis d’Auteuil, que nous avons un public difficile – c’est d’ailleurs notre raison d’être, puisque nous accueillons tous ceux que le système scolaire classique ne veut plus – mais là, la ligne rouge a été franchie. Des élèves s’en sont pris physiquement à des professeurs.
Avant ce jet de pierre, un jet de vis avait été observé dans la cour depuis la rentrée. Mais le malaise semble être plus profond et plus ancien à écouter les enseignants plus expérimentés. « Je ne le cache pas. Le turn-over au poste de direction (4 en 5 ans) n’est pas favorable à une stabilité organisationnelle. Puis il y a la montée des violences générales dans les établissements scolaires », indique Christian Jacquemin.
Une dégradation de la situation qui a déjà nui à la réputation de l’établissement : alors que le collège a une capacité maximale de 155 élèves, ils ne sont que 123 à y être inscrits.

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