Homophobie et censure : ce que dit vraiment le rapport sur l’institution Jean-Paul-II, à Compiègne
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Homophobie et censure : ce que dit vraiment le rapport sur l’institution Jean-Paul-II, à Compiègne
Sept mois après la présentation du rapport, l’établissement catholique de Compiègne peine à retrouver ce climat « apaisé » que le diocèse appelait lui-même de ses vœux.
Alors
que l’affaire, qui a valu à l’ancien coordonnateur de l’établissement
d’être visé par une enquête pour « provocation à la haine » a éclaté il y
a un an, Le Parisien a pu consulter le rapport d’inspection réalisé par
l’académie d’Amiens. Article Le Parisien
Par Alexis Bisson Ce soir du 22 mai 2023, l’auditorium du lycée Jean-Paul-II est noir de monde et l’ambiance tendue. Plus de 350 membres de l’équipe enseignante de l’institution catholique de Compiègne (Oise) sont venus écouter leur directeur, Étienne Ancelin, leur livrer les conclusions d’un rapport très attendu en provenance du rectorat.
Des conclusions très partielles puisque, sept mois plus tard, les professeurs qui ont contribué à faire éclater l’affaire viennent seulement d’avoir accès à son contenu en cette fin d’année. Après un refus de l’académie, ils avaient dû saisir en juin la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), qui leur a donné gain de cause.
Depuis plusieurs mois, en ce printemps 2023, la crise couve dans les couloirs de cet établissement sous contrat qui compte plus de 3000 élèves : sa direction est accusée d’avoir censuré la projection de deux films à l’intention d’élèves du collège et du lycée et d’avoir tenu, à plusieurs reprises, des propos homophobes. Alerté, le rectorat décidera de lancer en avril une inspection pour faire la lumière sur cette crise interne.
« Les lanceurs d’alerte » accusés de comploter
Et les conclusions de ce rapport, que Le Parisien a pu consulter, ne ménagent pas l’ex-direction. Dans ce document de dix pages, les inspecteurs relèvent « un malaise grandissant de certains enseignants » ainsi qu’un « climat particulièrement dégradé ». Et de pointer la responsabilité des chefs d’établissement : « Ce climat (…) a démontré une carence de la direction, qui n’a pas réussi à assurer un climat de sérénité satisfaisant. »
Si les inspecteurs observent « un respect des programmes d’enseignement », ils s’inquiètent d’une forme d’autocensure qui gagne une partie du corps enseignant et qui « conduit à un traitement partiel des questions telles que l’IVG, la contraception, la Shoah, l’homophobie… »
« Les témoignages recueillis indiquent que de nombreux enseignants s’autocensurent à des degrés divers sur les parties socialement sensibles des programmes, insiste le document. Certains s’interdisent d’évoquer des questions qu’ils jugent trop sensibles, comme celle de l’orientation sexuelle ou l’identité de genre et se disent très inquiets du retour des parents et de la direction si ces questions sont abordées en classe. »
Là encore, les chefs d’établissement semblent porter une responsabilité directe dans cette retenue adoptée par certains professeurs. « La directrice du collège indique qu’il faut éviter les controverses pour éviter des situations qui se terminent comme Samuel Paty » rapportent les inspecteurs, en référence au professeur d’histoire-géographie assassiné après avoir projeté une caricature du prophète Mahomet dans le cadre d’un enseignement sur la liberté d’expression.
« L’hypothèse d’un complot n’est pas crédible »
Dans ce contexte « dégradé », nombre d’enseignants expliquent dans le rapport mettre en place « des stratégies d’évitement pour passer sous les radars ». « Il n’y a pas de pression sur le cours mais je passe rapidement sur l’IVG et je ne laisse pas de trace dans les cahiers », signale ainsi un professeur.
À l’issue d’une année qui a vu se dresser face à face « deux clans très opposés », ce document semble donner raison à un petit groupe de professeurs « lanceurs d’alerte », accusés en interne d’avoir menti. « L’hypothèse d’un complot fomenté par un petit noyau d’enseignants n’est pas crédible, balaient les inspecteurs. L’analyse de la situation par la directrice du collège comme par le directeur de l’institution est peu pertinente. »
« Ce rapport est très important car il permet de nous réhabiliter en partie, estime un des professeurs concernés. Il montre que l’ancienne direction et l’évêque lui-même ont menti à tous les salariés lorsqu’ils ont assuré que le rectorat était content de l’établissement. »
Un document qui n’est donc pas aussi positif que voulait bien le laisser entendre l’ex-direction. « Notre inspection est favorable et c’est une bonne nouvelle pour l’institution tout entière », se réjouissait, face aux enseignants, Étienne Ancelin, aux côtés de l’évêque de l’Oise.
Pour la nouvelle direction, la page est tournée
Un satisfecit en forme de méthode Coué pour le responsable qui, moins d’un moins plus tard, sera visé par une enquête pour « discrimination », « injures » et « provocation à la haine » et finira par démissionner dans la foulée. Depuis, l’enquête, ouverte par le parquet de Compiègne, est toujours en cours.
Sept mois plus tard, l’établissement catholique peine en tout cas à retrouver un climat apaisé. « Ils nous détestent, résume une enseignante qui a contribué à dénoncer ce climat de censure. On a fait éclater une affaire qu’ils auraient préféré mettre sous le tapis. »
De son côté, la nouvelle direction veut croire que la page est désormais tournée. « Depuis ma prise de fonction, les enseignants s’impliquent dans de nouveaux projets, souligne Pierre-Louis Deulofeu, coordonnateur de l’institution. Je crois pouvoir dire que nous sommes maintenant résolument tournés vers l’avenir. »
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