Médiapart - Homophobie et sexisme au lycée Stanislas : le ministre de l'éducation lance une enquête administrative
Après les révélations de Mediapart et d’autres médias sur des accusations d’homophobie et de sexisme au sein de ce prestigieux établissement privé parisien, une enquête administrative est désormais ouverte et un appel à témoignages a été lancé.
9 mai 2023 à 11h26
Il aura fallu plusieurs articles (dont une enquête publiée par Mediapart en juin 2022) et de nombreuses sollicitations d’élu·es pour que le ministère de l’éducation nationale se décide finalement à s’intéresser à ce qu’il se passe au collège et lycée catholique Stanislas (Paris VIe).
D’après nos informations confirmées par le ministère, l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) a été saisie le 22 février dernier par le ministre de l’éducation nationale d’une demande d’enquête administrative « suite à différents articles parus dans la presse concernant le collège Stanislas ».
« La mission ayant débuté réellement après les vacances de février, précise le service presse du ministère, elle suit actuellement son cours avec les différentes auditions habituelles : rectorat, direction diocésaine, directeur de Stanislas, cadres de l’établissement, organisations syndicales et représentants des parents d’élèves. »
Des auditions d’enseignants et d’élèves du collège et du lycée parisien sont également prévues. Enfin, le ministère affirme qu’un appel à témoignages garantissant l’anonymat des réponses a été lancé, « adressé à tous les personnels, enseignants et non-enseignants, ainsi qu’aux élèves des classes prépas ».En juin dernier, Mediapart révélait, témoignages et documents à l’appui, l’univers sexiste, homophobe et autoritaire du collège et lycée parisien Stanislas, cet établissement privé catholique décrit comme « le meilleur » lycée de France ; les insultes homophobes omniprésentes, les intervenants proches de La Manif pour tous demandant la « chasteté » aux élèves gays, et les membres de l’Église invités pour vanter les thérapies de conversion, désormais interdites par la loi. On y découvrait toute la mécanique qui peut amener des élèves à harceler et des victimes LGBTQI+ à se suicider.
Cette enquête, fruit d’un travail de plusieurs mois, était corroborée par d’autres articles de presse. L’Express et Brut avaient aussi dévoilé des témoignages tout aussi accablants.
Dans son podcast « Défense de filmer », Brut revenait sur les positions anti-IVG de l’établissement et les enseignements sexistes. Le média vidéo détaillait aussi l’homophobie du personnel, capable de mener une croisade contre les pantalons remontés aux chevilles des élèves, cette mode « de tapette ». Ou d’envoyer une élève à l’infirmerie au motif qu’elle était soupçonnée « d’être lesbienne parce qu’elle avait les cheveux courts ».
Le ministre de l’éducation refusait de réagir
Comme le pointait un article de Mediapart
dix jours avant cette saisine du ministère, des élus qui demandaient
l’ouverture d’une enquête n’obtenaient aucune réponse. Le ministre de
l’éducation, Pap Ndiaye, n’avait exprimé ni réaction ni condamnation
alors qu’il promettait dans le même temps, après le suicide de Lucas, 13 ans, de combattre le harcèlement homophobe en milieu scolaire.
Valérie Pécresse, présidente LR du conseil régional d’Île-de-France, s’était d’ailleurs réfugiée derrière l’absence de réaction du ministère de l’éducation pour ne pas suspendre les subventions accordées à l’établissement. Stanislas est en effet l’établissement privé qui bénéficie des plus importantes subventions régionales dans le cadre de la prise en charge du forfait d’externat. En 2022, celles-ci s’élevaient à près d’un million d’euros. La somme versée est similaire pour l’année 2023.
Par lettres recommandées, la présidente de la gauche régionale, Céline Malaisé, avait demandé à trois reprises l’ouverture d’une enquête, le 12 juillet 2022, le 13 octobre 2022 et le 30 janvier 2023. « Tout établissement sous contrat doit respecter des obligations légales. D’après ces témoignages, plusieurs de ces obligations ne semblent pas respectées. Pourtant, la loi prévoit que les enseignements obligatoires dont fait partie l’éducation à la sexualité soient dispensés selon les règles et programmes de l’enseignement public », rappelait l’élue régionale.
Le 25 avril dernier, le cabinet de Pap Ndiaye lui répondait enfin pour lui annoncer l’ouverture de cette enquête. « À l’issue de ses travaux, la mission sera en mesure d’établir de façon certaine si des dysfonctionnements existent ou non au sein du collège Stanislas », peut-on lire dans le courrier.

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