Une collégienne agressée sexuellement par un camarade : « Rien n’a été fait pour protéger ma fille »

 Scolarisée dans un collège privé de Lisieux (Calvados), une adolescente a été agressée par l’un de ses camarades de classe pendant plusieurs mois, entre 2021 et 2022. Le jeune homme a été condamné par la justice en 2023. Après ce jugement, la mère de la victime a décidé de prendre publiquement la parole pour dénoncer l’absence de soutien de l’établissement dans cette affaire.


Article Ouest-FrancePublié le 



Scolarisée dans un collège privé de Lisieux (Calvados), une adolescente a été agressée par l’un de ses camarades de classe pendant plusieurs mois, entre 2021 et 2022. Le jeune homme a été condamné par la justice en 2023. Après ce jugement, la mère de la victime a décidé de prendre publiquement la parole pour dénoncer l’absence de soutien de l’établissement dans cette affaire.

Mathilde* est en 4 e quand l’un de ses camarades de classe l’agresse sexuellement . Élève d’un collège privé de Lisieux (Calvados), la jeune fille subira les agissements de cet adolescent pendant plusieurs mois. « De novembre 2021 à janvier 2022, résume Caroline*, sa mère. Je voyais bien qu’elle n’allait pas bien, mais elle ne voulait pas en parler. Elle s’était renfermée sur elle-même. Un jour, j’ai creusé. Elle a fondu en larmes et m’a tout raconté. »

Caroline alerte aussitôt la direction de l’établissement. « Dans les jours qui suivent, ils sont convoqués tous les deux, ensemble, par le conseiller principal d’éducation, indique-t-elle. Son agresseur ne reconnaît pas les faits. »


Dans la même classe 

Les agressions sexuelles cessent, mais l’adolescent n’aurait pas été sanctionné. « Ni puni, ni exclu, assure Caroline. On l’a même laissé dans la même classe que ma fille. Sans prévenir l’équipe pédagogique. Résultat, un jour, un professeur les a mis tous les deux en binôme pour travailler. » 

Pour protéger Mathilde et l’éloigner de son agresseur, sa maman prend rendez-vous avec le proviseur du collège et demande qu’elle soit changée de classe. « Mais il m’a dit que c’était impossible », soupire-t-elle, amère. 


Deux autres victimes 

En mars 2022, Mathilde et sa mère vont déposer plainte au commissariat de Lisieux. « Une seconde audition a lieu en avril. Nous n’avons plus de nouvelles, jusqu’en juin quand la police nous rappelle pour nous dire que deux autres victimes se sont fait connaître. » 

Il s’agit de deux jeunes filles, hébergées dans le même lieu d’accueil que l’adolescent. « C’est terrible à dire, mais heureusement qu’il y a eu d’autres victimes. Sinon, jamais ma fille n’aurait été prise au sérieux. » 


Condamné en 2023 

Pour s’éloigner de son agresseur, Mathilde na plus d’autre choix que de changer d’établissement scolaire pour son année de 3 e« J’ai demandé une dérogation pour qu’elle rejoigne un collège où elle pouvait retrouver des amies, mais le rectorat a refusé, confie sa mère. L’année scolaire a été très compliquée, entre la perte de repères et la procédure judiciaire » . Car après deux renvois à des dates ultérieures, l’adolescent est finalement jugé pour ces agressions sexuelles et condamné au printemps 2023. 

Il aurait également été exclu du collège privé cette même année, mais « après des violences et non en conséquence des agressions sexuelles », affirme Caroline. 


« Elle n’ose plus sortir seule » 

Cette décision de justice, la maman l’attendait avant de prendre la parole publiquement. « Je ne comptais pas me taire. Je suis tombée de haut devant la réaction du collège. Je m’attendais à ce que des mesures soient prises pour protéger ma fille, mais rien na été fait. On a été laissées à nous-mêmes. » 

Aujourd’hui en seconde, Mathilde est suivie par un psychologue. « Elle souffre d’un syndrome post-traumatique et se scarifie. Elle peine à se reconstruire, elle n’ose plus sortir seule en ville. Elle a peur que cela se reproduise, que quelqu’un l’agresse à nouveau. Moi aussi, j’ai peur pour elle. » 


« Inscrite de droit dans son collège de secteur » 

Joint par téléphone, le rectorat de l’académie de Normandie rappelle que Mathilde était « inscrite de droit dans son collège public de secteur » et pouvait donc y débuter automatiquement son année de 3 e« Deux demandes de dérogation ont été adressées à la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale du Calvados, afin d’inscrire cette élève dans un autre établissement que son collège de secteur , précise le rectorat. Ces demandes ont été examinées en fonction des places disponibles. » 

Contactée par Ouest-France, la direction diocésaine de l’enseignement catholique du Calvados na, quant à elle, pas donné suite à nos sollicitations. 

*Pour protéger l’identité de la victime, Ouest-France a recours à des prénoms d’emprunt dans cet article et n’indique pas le nom de l’établissement scolaire.

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