Suspicion de harcèlement : l'Institution Jeanne-d'Arc de Montrouge dans la tourmente - Actu 92 - 09/05/2022

 


Par Olivia Kouassi Publié le

Que se passe-t-il au sein de l’Institution Jeanne d’Arc de Montrouge (Hauts-de-Seine) ? Cet établissement privé catholique sous contrat d’association avec l’État et sous tutelle congréganiste qui accueille du primaire au lycée plus de 1 000 élèves, est au cœur de la tourmente. 

Épuisement, ambiance délétère, direction très autoritaire, pression morale : personnel éducatif et parents d’élèves dénoncent le management « violent et pathogène » de la direction et pointe du doigt un « climat de peur ». 

« Il n’existe aucune accusation de harcèlement moral à ce jour à notre connaissance, ni aucune procédure en cours à cet égard. Nous sommes très attentifs au bien-être de notre personnel et traitons immédiatement toute allégation de ce type », affirme pour sa part la direction de l’établissement qui conteste formellement toutes les accusations. 

Un brutal changement d’ambiance

Décrite par des parents d’élèves et des membres du personnel enseignant comme une structure bienveillante, l’Institution Jeanne d’Arc, surnommée JDA, jouit d’une solide réputation dans le cercle très fermé des établissements privés du sud parisien. « On était un peu en famille », s’émeut un ancien responsable administratif. Des dires de beaucoup, l’ambiance au sein de l’établissement change brutalement à l’arrivée d’une nouvelle direction dans le secondaire à la rentrée 2018. « Nous nous inquiétons quant à la perte des valeurs de l’Institution », détaille un collectif de parents d’élèves dans une lettre adressée en septembre 2021 aux différentes instances directionnelles, qu’actu Hauts-de-Seine a pu consulter. « Un climat de malaise règne au sein de l’établissement », conclu la missive. 

Selon le collectif, en trois ans, soit depuis l’arrivée de la nouvelle direction, le turn over au sein du personnel éducatif ou administratif de l’établissement aurait été de 25 %. Mutations, démissions ou licenciements, un tableau de recensement des départs du personnel du secondaire liste 25 noms au 20 décembre 2021. Certains avaient plus de 10 ans d’ancienneté. 

Démissions et licenciements

« Le turn over est semblable à celui d’autres établissements comparables. JDA n’a jamais fait l’objet d’une alerte du rectorat sur un turn over particulier », se défend la direction de l’établissement. « Il n’y a rien d’alarmant ni d’anormal, on ne peut pas dire que ce sont des départs forcés, ce n’est pas vrai. »

Les témoignages d’anciens ou d’actuels membres de l’établissement, tous anonymes, s’enchaînent et se ressemblent. « Une partie de l’équipe de direction impose sa loi (…) en multipliant les pressions morales ainsi que les actes d’humiliation et d’intimidation pour arriver à ses fins », écrit le syndicat FO de l’enseignement privé (SNFOEP) en juillet 2021 dans un communiqué.

Dès son arrivée, la nouvelle directrice s'est appliquée à briser toute manifestation de collaboration. Il n'était plus permis de parler entre collègues, ni de plaisanter. Un climat de mal être s'est très vite installé parmi nous,

Ancien membre administratif de JDA.

Après avoir passé des années au sein de l’institution, il démissionne au bout de quelques mois, « malade de travailler avec la directrice ». Ton « déplacé », « agressif », abus de pouvoir, le comportement de la directrice choque. « Je me faisais traiter d’incapable, d’assisté, de fumiste », se rappelle un ancien membre du personnel. « J’ai vu des professeurs venir avec la peur au ventre de croiser la directrice », abonde un autre ancien membre de l’établissement qui a posé sa démission en août 2021, après 10 ans de service. Contactée par actu Hauts-de-Seine, la directrice n’a pas donnée suite à nos sollicitations. Le directeur de l’enseignement catholique des Hauts-de-Seine François De Chaillé, qui a répondu à nos questions, se fait le porte-parole de l’établissement.

Dans le bureau de la nouvelle directrice, les employés semblent défiler.  « Durant deux mois, j’étais convoqué systématiquement tous les matins dès son arrivée dans son bureau », se souvient un ex-employé. 

J’entendais les hurlements et les cris qui provenaient de son bureau quotidiennement. Elle ne faisait que des reproches, nous expliquait à quel point on était nuls.

Ancien employé de l'établissement

Direction autoritaire

“J’ai été en guerre avec elle pendant plus d’un an”, détaille ce père de deux enfants. “Je ne pouvais plus rester comme ça”. L’homme d’une cinquantaine d’année explique avoir voulu négocier son départ à l’amiable. “Ils n’ont pas voulu me laisser partir et après six mois, ils ont prétexté deux fautes professionnelles pour me licencier” Interrogée, la direction évoque un licenciement pour « manque de compétences ». 

Un surveillant général, qui a entamé en septembre 2021 sa sixième rentrée au sein de l’établissement, décrit également une direction particulièrement autoritaire et une pression constante sur les professeurs et le personnel de l’établissement. En décembre 2021, les personnels de vie scolaire se décident à envoyer un mail de revendication à la hiérarchie. Ils souhaitent “alerter sur leurs conditions de travail actuelles”. “Nous assurons des missions qui ne relèvent nullement de nos fonctions. Nous sommes en première ligne face à des élèves lassés du désordre général”, détaillent-ils dans un mail adressé à la direction, qu’actu Hauts-de-Seine a pu consulter. Les personnels de la vie scolaire menacent de faire grève. Face à un dialogue qui semble impossible, une commission de conciliation a été organisée fin avril 2022, en dehors de l’établissement. 

Collectif de parents d’élèves

La situation de malaise dénoncés par certains au sein de l’équipe pédagogique de l’établissement est remontée jusqu’aux oreilles des parents d’élèves à la rentrée 2021. C’est le licenciement brutal de la très populaire CPE qui a été le moteur de la création du collectif qui a réuni jusqu’à une centaine de parents. 

“Ces derniers mois, le départ massif de certains professionnels nous est apparu comme inquiétant. Les représentants de l’institution ont fait le choix d’une certaine forme d’autoritarisme au détriment de l’échange et du dialogue”, écrivent en novembre 2021 des parents d’élèves pour justifier leur intégration au collectif. Comme au sein de l’équipe pédagogique, les membres du collectif n’acceptent de témoigner qu’anonymement. « Les parents redeviennent des enfants face à la directrice », témoigne un membre du collectif.

Un avis que partage cette maman, dont l’enfant a brutalement été exclu, de manière définitive, de sa classe de 4ᵉ en février 2021. Si la mère de famille ne remet pas en cause la dureté de la sanction, c’est “la façon de le faire” qui a choqué cette parente d’élève. “On n’a jamais été reçu pour parler de ce qui était reproché à mon fils, personne ne retournait mes appels”. Un coup dur pour cette mère de famille qui affirme que l’établissement était autrefois “d’un soutien formidable dans des moments difficiles de notre vie”.

Des propos diffamatoires dénoncés

En février 2022, la parution d’un article du Parisien sur l’ambiance au sein de JDA a fait l’effet d’une bombe et a divisé l’équipe pédagogique. “Beaucoup minimisent les souffrances de certains, d’autres retournent leur veste par peur ou opportunisme”, avance-t-on. “L’institution n’a pas l’habitude d’être secouée”.

« Nous condamnons la forme et le fond de cette publication et n’en percevons ni l’utilité, ni la finalité. Elle porte atteinte à l’image de l’établissement », juge en février 2022 l’association de parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel) dans une lettre envoyée aux familles. L’Institution évoque, elle, des “propos diffamatoires” de la part du collectif de parents d’élèves et dénonce des « manœuvres de dénigrement de notre institution ».

Contactée par actu Hauts-de-Seine, l’Institution a répondu à nos questions par le biais du directeur de l’enseignement catholique des Hauts-de-Seine, François De Chaillé. « Je n’ai jamais, eu en dehors de ce qui m’a été ramené par le collectif de parents, de plaintes sur le management de la directrice, que ce soit du personnel de droit privé ou public », assure le responsable.

Une personnalité « compliquée »

Un échange d’e-mail datant de novembre 2020 entre une ancienne membre de l’établissement ayant démissionné et le directeur adjoint de la pastorale fait pourtant déjà état de « la personnalité compliquée » de la directrice de l’établissement. Un autre échange d’e-mail, cette fois-ci datant de juin 2021, et adressé à François De Chaillé, fait état du malaise de cette ancienne employée. 

Que cette femme-là fasse peur, je ne sais pas. C'est quelqu'un de jovial, rond. Alors c’est vrai qu’elle a un regard foudroyant, bleu mer-du-sud qui en glace certainement quelques-uns. C'est quelqu'un qui fonce et qui n’a parfois pas tous les discernements. Lorsqu'elle donne des directives, est ce qu’elle y met toute la forme, toute la rondeur ? Non, pas toujours. C’est pour cela que l'on s’est rapproche d'un organisme pour travailler sur le dialogue social. J'ai beaucoup d'admiration pour elle, mais quand elle prend des décisions arbitraires, je ne tourne pas autour du pot et je l’appelle.

François De Chaillé, directeur diocésain

 « Il y aura des plaintes déposées », affirme en mars 2022 François De Chaillé qui précise « ne pas souhaiter rentrer dans le détail de ces procédures ». L’académie de Versailles précise, elle, avoir été alertée de la situation à la suite de la réception d’un courrier émanant du collectif de parents d’élèves. « L’académie a pris contact avec la direction diocésaine. Cette dernière lui a indiqué suivre la situation, en lien avec le Secrétariat général de l’enseignement catholique, avec beaucoup d’attention », détaille Versailles qui précise n’avoir reçu aucun signalement de la part d’enseignants. 

De retour en « mi-temps thérapeutique » en février 2022 dans l’établissement après des semaines d’arrêt maladie, un membre du personnel revient sur l’ambiance délétère qui plane sur l’établissement. « Plus personne ne souhaite s’impliquer », conclut celui qui envisage un déménagement dans une autre région « pour [sa] santé mentale » si, à la rentrée prochaine, « aucun changement de direction n’a lieu ».

 

Commentaires

Anonyme a dit…
Insupportable quand ses institutions qui par essence devraient être exemplaires deviennent le stricte inverse des discours prononcés. Insupportable quand les valeurs deviennent des slogans sans substances . Insupportable quand les mots perdent leurs sens .Insupportable de prétendre être bienveillant , bien traitant et surtout assoiffés de vérité et cependant piétiner avec mépris tout ce qui fait la force d’une éducation des lumières. Les actes sont les seuls jugent de de nos actions et le besoin de vérité triomphe toujours.
Anonyme a dit…
Oui et encore plus insupportable, tous ceux qui savent, qui ont été alertés de tout ce qui se passe dans cet établissement et qui préfèrent protéger les agresseurs. Si la souffrance des personnes vous est égale, cessez de faire briller la vitrine et faire croire que vous tenez aux valeurs catholiques!
Anonyme a dit…
la collègue d'EPS dénonce cette triste réalité dans son livre " broyer plutôt que protéger"

https://www.librinova.com/librairie/aglae-sidoinot/broyer-plutot-que-proteger-1
Anonyme a dit…
Il y a une impérieuse nécessitée que les instances supérieures se penchent sur des établissements qui bénéficient de financement public. Ils ne peuvent plus fonctionner en tout impunité.
Anonyme a dit…
Étant proche des instances religieuses je ne peux me résoudre à tant de souffrances. Comment les instances supérieures peuvent rester muettes . Notre objectif est l’éducation dans la bienveillance et l’écoute . Chacun doit être respecté et considéré. Profonde tristesse face à ces témoignages .Nous ne resterons pas sans réaction . Courage à tous
Anonyme a dit…
Une enquête par un cabinet neutre a eu lieu. Les personnes en souffrance ont parlé. Qu'est ce que les autorités attendent pour réagir?
Anonyme a dit…
Cognition sur Facebook ( association Santé au travail et questions d'éducation ).
Voici ce qu'on peut y lire:

Création d'un Blog pour les victimes de violences psychiques dans l'enseignement catholique
En région parisienne, des parents des profs et des salariés OGEC victimes de violences psychiques dans l'enseignement catholique ont crée un BLOG. Il se trouve que j'ai suivi de près il y a quelques temps une affaire à Paris de violence psychique au sujet de laquelle j'avais apporté mon soutien. Aujourd'hui, certaines personnes me demandent s'il m'est possible d'apporter mon aide en faisant connaitre le blog, voire en publiant certains articles. Si vous avez été victime de violences psychiques, vous pouvez témoigner de façon anonyme. Voici l'adresse du blog :
Si vous souhaitez rentrer directement en contact avec certaines personnes, je peux leur demander de vous contacter directement.
Anonyme a dit…
Je lis dans une tribune de Monseigneur Rougé " Une purification de l'Église est urgente, mais il ne faut pas se tromper de remède» TRIBUNE - L'évêque de Nanterre répond aux critiques émanant de fidèles contre l'Église catholique. Il appelle les chrétiens à garder l'espérance". Monseigneur Rougé a été alerté par plusieurs courriers. Qu'attend-il pour réagir et intervenir?
Anonyme a dit…
Je témoigne en tant qu’ancien personnel d’un établissement privé sous contrat à Montrouge. J’ai été totalement détruit, comme d’autres collègues. Plusieurs collègues ont été/ sont, comme moi en détresse psychologique. La tutelle ne sait pas ce que nous endurons tous les jours au travail, nous ne la voyons jamais et se contente que d’un seul son de cloche. Le Diocèse, l’OGEC, le rectorat ont été alertés. Les victimes et les dégâts sont nombreux. Le droit du travail n’est pas respecté, on nous en demande toujours plus, peu importe les conséquences sur les personnes. On nous met la pression, nous intimide. Nous sommes humiliés parfois en public. La stratégie du diviser pour mieux régner monte des personnels contre les victimes ou ceux qui essaient de se battre. Nous travaillons dans un véritable climat de peur et ceux qui savent se taisent , ceux qui ne savent pas parlent.
Nous avons publié un article à ce sujet car certains éléments clés nous ont été communiqués : https://stopsouffranceetablissementscatho.blogspot.com/2023/01/enseignement-catholique-montrouge-des.html?m=1
Anonyme a dit…
Je souhaite apporter mon témoignage ambiance invivable. on demande aux jeunes filles de changer de tenue vestimentaire aucune bienveillance vis à vis des élèves les bons professeurs partent ou sont virés et les bobards inventés en disant non non c’est un choix personnel. Messe obligatoire pendant l’heure de pause déjeuner les élèves n’ont pas le temps de déjeuner . Compétition entre élèves qui font que les enfants moyens n’ont plus confiance en eux et se découragent. un collectif de parents a été créé et une multitude de parents mécontents sont partis dont je fais partie.
Anonyme a dit…
Je suis maman d'un enfant qui a été heureux d'être élève à Jeanne d'Arc de Montrouge puis a demandé à quitter l'institution .Il a toujours été choqué sur la façon dont on s’adressait au personnel. Il a été délégué et a été témoin du climat de terreur dans les conseils de classe où l'on entend les mouches voler. Les enseignants n'osent pas prendre la parole de peur. Puis mon enfant a été témoin de la souffrance de plusieurs enseignants et surveillants. Ces adultes ne se sont pas cachés des raisons de leur souffrance, de leur mal être. Ils étaient maltraités et certains ont décidé de fuir. Quelle honte. Moi qui pensais que cet établissement apprenait la bienveillance à nos enfants. Comment nos enfants peuvent être bien dans leur peau en étant témoins de cette souffrance qui ne peut qu'être communicative. J'ai donc fait le choix de vite enlever mon fils.
Anonyme a dit…
Je suis membre du collectif de parents crée il y a plus d'un an. Nous étions 150 environ et le collectif a perdu des membres non pas parce qu’ils ont été entendus et qu’une remise en question a eu lieu. Non pas du tout!!! Les parents ont subi des pressions par le biais de l'APEL qui a fait comprendre aux « parents correspondants » qu'ils devaient choisir entre être « parent correspondant » ou être membre du collectif. Tous les parents correspondants qui voulaient le rester se sont démobilisés du collectif parce qu'ils n'ont pas eu d'autre choix. Et puis il a été rappelé aux parents que les élèves pouvaient être saqués dans leur dossier parcoursup !! et oui des pressions viennent de partout. Voilà pourquoi plusieurs parents ont peur, pourquoi des personnels et parents se taisent. Est-ce la seule défense face à tant de constats accablants?
Anonyme a dit…
Des personnels du secondaire dans la peur voire la terreur qui, pour se protéger, se murent dans le silence de peur de parler et dire son mécontentement. Cela coute cher de dire son mécontentement et demander le respect de ses droits. Plusieurs exemples de licenciements et de pressions dès qu'on ose parler et "tenir tête"...Tout le monde a peur: des élèves, des parents, des enseignants et des salariés. L' APEL n'a aucune marche de manoeuvre et préfère courber l'échine et ne pas bouger. Seules les autorités peuvent intervenir et agir mais elles ne font rien. C'est la loi du silence qui règne quitte à laisser des personnes en grande souffrance.

Posts les plus consultés de ce blog

«On ne sait pas ce que va devenir l’École» : une guerre de succession plonge l’École alsacienne dans la crise

43 ans au service de l'enseignement catholique. Suspendue par le rectorat de Versailles à un mois de la retraite, à la demande du directeur du Sacré Coeur

A Madame Laubignat, présidente de l'APEL seule association de parents d'élèves autorisée par l'enseignement catholique - cas Montrouge