Abus sexuels dans un collège-lycée du Finistère : les témoignages se multiplient
Plusieurs anciens élèves du pensionnat du Likès, un collège-lycée privé situé à Quimper (Finistère), sortent du silence et évoquent des dizaines d’agressions commises par un frère. Ils affirment que la direction de l’époque ne pouvait ignorer les faits et regrettent le silence de l’institution.
« Quand j’ai lu ce témoignage, je me suis dit : c’est mon histoire. J’ai également été abusé sexuellement par ce même frère, en 1970, au pensionnat du Likès. Alors je sors du silence aujourd’hui pour faire savoir que nous sommes des dizaines et des dizaines à être concernés. »
Cet habitant du Sud-Finistère réagit au témoignage publié dans Ouest-France le samedi 27 novembre 2021. Comme cette victime qui a pris la parole la semaine dernière, il est âgé de 62 ans. Il était également pensionnaire en 1970 et en 1971 au lycée d’enseignement catholique du réseau lasallien, à Quimper (Finistère).
« Je suis loin d’être seul »
« Le frère qui surveillait le dortoir m’a agressé plusieurs fois après m’avoir emmené dans sa chambre, relate ce Finistérien. Il choisissait les élèves les moins rebelles, il avait ses chouchous. En tant que gars de la campagne, j’étais très malheureux. Ma famille m’avait mis en pension car nous étions une grande fratrie. Je suis allé quatre ans au Likès. C’est en 6e et en 5e que j’ai été victime des agissements de ce frère dont tout le monde avait peur. Les jeunes savaient ce qu’il se passait dans cette chambre, mais on n’en parlait jamais entre nous. On lui donnait des surnoms qui auraient dû alerter la direction de l’époque. »
Cet homme, aujourd’hui père de famille, a choisi de dévoiler ces faits afin d’exprimer sa solidarité avec les autres victimes : « C’est très difficile de parler de ces abus sexuels, cinquante ans après les faits. Je me manifeste après avoir lu l’article du journal qu’une amie m’a découpé. J’ai été très touché par les mots de cet homme qui raconte ce que j’ai vécu pendant deux ans. Comme tant d’autres, j’ai subi les agissements de ce frère. Je suis loin d’être seul. »
Un autre élève, en classe de sixième en 1971 au Likès, se rappelle de ce religieux, « un personnage sinistre et pervers. Il était très violent et frappait les élèves en cours d’éducation manuelle. Il a sévi de manière incroyable. C’est innommable, ce qu’il a pu faire. » Cet habitant d’Ille-et-Vilaine affirme, pour sa part, « que
la direction de l’époque ne pouvait ignorer la situation. D’ailleurs,
je crois que ce frère est parti en Afrique quelques années après ».
« Au vu et au su de tout le monde »
D’autres témoins confirment le fait que « l’institution savait » et que les faits d’agressions ont été dissimulés. « Ce frère était protégé par le réseau, déclare l’un d’entre eux, pensionnaire entre 1973 et 1981. Quand
j’ai lu le journal, je me suis étranglé. Il a agi pendant des années au
vu et au su de tout le monde et le réseau lasallien dit qu’il ne le
connaissait pas. Mensonges. J’ai envoyé un courrier à la
commission pour la réparation des violences sexuelles mise en place par
la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref). J’attends
une réponse. Je ne peux pas laisser passer un truc pareil. »
Dans entretien accordé à Ouest-France le 26 novembre 2021, le frère Jean-René Gentric, à la tête du réseau national d’enseignement lasallien, affirmait « n’avoir jamais été interpellé au sujet de ce frère ». Le nom du religieux, ajoute-t-il, ne figure pas dans
la liste des soixante-huit agresseurs identifiés en France depuis 1950.
Jean-René Gentric rappelle, ce mardi 30 novembre 2021, qu’il reste à
l’écoute des victimes qui souhaitent s’adresser à lui.
Le frère, auteur présumé de ces agressions, est décédé en mai 2020 à l’âge de 96 ans. Après sa carrière d’enseignant, il a passé plusieurs années au Cameroun, au nord de Yaoundé, en tant que missionnaire. Il a terminé sa vie à la maison des frères des écoles chrétiennes de Kerozer, à Saint-Avé, près de Vannes (Morbihan). Un domaine acquis en 1949 par le réseau lasallien.

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