Après la mise en examen de Daniel Chapellier pour « agression sexuelle sur mineur de 15 ans », la direction de Saint-Jean-de-Passy a fait part de sa « stupeur »

 

Après la mise en examen de Daniel Chapellier pour « agression sexuelle sur mineur de 15 ans », la direction de Saint-Jean-de-Passy a fait part de sa « stupeur »

Le directeur de l’établissement catholique parisien avait été appelé à la rescousse par la direction de l’enseignement du diocèse, à l’été 2020, pour apaiser une école en crise.

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Publié le 13 février 2021 à 02h15   Article Le Monde

Une nouvelle affaire – la troisième en dix mois – vient ébranler l’enseignement catholique parisien d’élite. Daniel Chapellier, le directeur de l’établissement Saint-Jean-de-Passy, situé dans le 16e arrondissement de la capitale, a été mis en examen pour agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans et placé sous contrôle judiciaire, jeudi 11 février.

Par un mail diffusé dans la nuit qui a suivi, la direction de l’établissement a fait part de sa « stupeur » aux parents d’élèves et leur a révélé cette information et la décision de l’intéressé « de se retirer de Saint-Jean-de-Passy pour assurer sa défense et de déposer une plainte pour dénonciation calomnieuse ». Saint-Jean-de-Passy compte 2 900 élèves de la maternelle aux classes préparatoires, affiche 99,4 % de mentions au bac, dont 66 % de mentions « très bien ».

L’impact de cette nouvelle est d’autant plus fort qu’elle concerne une personnalité marquante de l’enseignement catholique, qui avait de surcroît été appelée à la rescousse par la direction de l’enseignement du diocèse, à l’été 2020, pour apaiser un établissement en crise. En avril, en plein confinement, le précédent directeur de Saint-Jean-de-Passy, François-Xavier Clément, avait en effet été abruptement mis à pied, puis limogé pour faute lourde. Il lui était reproché une gouvernance dysfonctionnelle.

Un signalement au parquet du diocèse de Paris avait déclenché l’ouverture, le 12 mai, d’une enquête pour « harcèlement moral ». Le diocèse affirmait se fonder sur le résultat de deux audits, jamais rendus publics. L’enquête avait par la suite été classée, en novembre, et la direction et l’ancien directeur se sont mis d’accord sur une transaction. Mais pendant des mois, l’affaire avait profondément remué la communauté éducative, divisé les parents d’élèves entre soutiens et opposants au directeur limogé, et questionné la tutelle diocésaine.

Une morale catholique affirmée

Pour apaiser l’atmosphère, celle-ci avait fait appel à Daniel Chapellier, le chargeant d’assurer l’intérim à la tête de l’établissement, le temps de recruter un nouveau directeur pour la rentrée 2021. Agé de 71 ans et alors à la retraite, celui-ci a dirigé pendant treize années, de 2002 à 2015, le collège Stanislas, un établissement catholique tout aussi prestigieux du 6e arrondissement de Paris.

Il y avait imposé un style alliant une grande exigence scolaire, une discipline rigoureuse, une grande implication personnelle – il connaissait, dit-on, chacun des 3 000 élèves – et une morale catholique affirmée. Les garçons sont priés de se tenir à bonne distance des filles – et plus encore des autres garçons –, les filles de se couvrir, et l’éducation à la vie sexuelle réprouve pêle-mêle masturbation, contraception et relations prénuptiales.

Daniel Chapellier n’avait pas hésité à prendre position dans les mobilisations politiques d’alors. Au cours du mouvement de la Manif pour tous, longue protestation contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, en 2012-2013, il avait permis aux organisateurs de faire de son établissement un QG commode et bien situé. D’anciens élèves, alors internes des classes préparatoires, se souviennent aujourd’hui des banderoles et de la sono destinées à diffuser des slogans hostiles au mariage homosexuel entreposées dans l’établissement entre deux manifestations.

Questions sur la vie sexuelle des élèves

D’autres, alors collégiens, voire lycéens, racontent des tête-à-tête dans le bureau de M. Chapellier au cours desquels celui-ci les questionnait longuement sur leur vie intime et sexuelle, essayant en particulier de savoir s’ils se masturbaient ou consultaient des sites pornographiques.

Venu le consulter au sujet de ses résultats scolaires en berne, Alexandre (le prénom a été changé), alors en début de classe de première, s’est ainsi vu soumis à un interrogatoire minutieux. « Il a commencé par des questions générales sur mon logement et ma connexion à Internet et, de proche en proche, les questions ont glissé vers la masturbation, la consultation de sites, les différents types de pénétration… Le questionnaire semblait bien rodé », se souvient le jeune homme.

De fait, son récit est corroboré par celui d’autres anciens élèves, qui étaient parfois de très jeunes collégiens de classes de 6e ou de 5e. Leurs souvenirs ont été ravivés en décembre 2020, lorsque a été rendue publique la raison du limogeage, en octobre 2018, d’un ancien cadre de Stanislas : la consultation de sites pédopornographiques.

Cet ancien cadre, visé depuis novembre 2020 par une enquête pour « agression sexuelle par personne ayant autorité, violences dans un établissement scolaire et harcèlement moral » au parquet de Paris, avait été recruté à « Stan » par Daniel Chapellier, qui le connaissait pour avoir travaillé avec lui dans un autre internat catholique, Saint-Martin-de-France (Val-d’Oise), dans les années 1990.

Hasard ou non, le jour même de l’annonce de la mise en examen de Daniel Chapellier, jeudi, la direction diocésaine venait d’annoncer à la communauté éducative le nom de son successeur. Il s’agit d’Alexandrine Lionet, actuellement chef d’établissement du collège-lycée Paul-Claudel-d’Hulst, dans le 6e arrondissement de Paris.

 

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