Mariage pour tous : « Une ligne de conduite »

 

Mariage pour tous : « Une ligne de conduite »

Par Propos recueillis par Emma Saint-genez

Mis à jour le 19/01/2013 à 12h45        Article Sud-Ouest 

 

Directeur diocésain de l'enseignement catholique et du groupe scolaire Saint-Jacques-de-Compostelle, Emmanuel Ortolo estime légitime de se positionner dans le débat. © Crédit photo : photo Loïc Dequier

Ce n'est pas un mais deux courriers que le directeur diocésain Emmanuel Ortolo a envoyé sur le sujet aux 25 établissements catholiques landais.

Que répondez-vous aux enseignants montois qui vous ont reproché indirectement d'« inciter enseignants, parents et élèves à manifester contre le projet de mariage pour tous » ?
 D'abord que je trouve inadmissible d'envoyer une lettre anonyme quel que soit le reproche fait aux uns et aux autres. Lorsque j'envoie un courrier à la communauté éducative, je le fais savoir et je le signe. Après, je trouve dommage que des professeurs de l'enseignement privé aillent à l'encontre des choix de l'Église. Je suis pour le respect des différences et de la liberté de chacun, mais il faut être cohérent dans les choix qu'on a fait aux niveaux personnel et professionnel.

Sauf que cela fait longtemps qu'on ne choisit plus un établissement privé pour des raisons confessionnelles…

Bien sûr que nous n'accueillons pas que des chrétiens. Seulement 10 % des élèves viennent dans nos établissements pour notre caractère propre. Et la loi Debré nous oblige à accueillir tout le monde, à respecter la conscience de chacun, à proposer un certain nombre d'enseignements… Mais il n'empêche que nous sommes des établissements catholiques, qui prônent une conception de l'homme et de l'éducation chrétienne. À partir de là, nous nous devons de communiquer dans ce sens.

Les enseignants vous reprochent plus précisément d'avoir utilisé un « outil pédagogique », le site Scolinfo « pour faire de la propagande »...

Ce n'est pas seulement un site à visée pédagogique, mais un vecteur de communication moderne dans les établissements par lequel on annonce aussi les fêtes d'école !

Ce courrier daté de novembre a été envoyé à tous les établissements privés landais ?

La direction diocésaine l'a transmis par Internet aux chefs des 25 établissements chargés de relayer l'information auprès de la communauté éducative.

Mais est-ce votre rôle de vous positionner sur ce genre de question ?

Mon premier rôle en tant qu'éducateur est de permettre à des jeunes de se construire et d'être critique sur le monde qui les entoure. En ce qui concerne un sujet aussi grave et important, qui pourrait révolutionner un certain nombre de modalités de la famille, il me paraît essentiel de nous exprimer, dans la mesure où l'enseignement catholique assure une mission éducative de l'Église. J'ai des parents homosexuels dans mon établissement et il y a des enseignants homosexuels et transsexuels dans l'enseignement catholique. Mais nous avons une certaine ligne de conduite à tenir. J'ai d'ailleurs renvoyé un courrier aux établissements le 13 janvier où je reprends les propos publiés en décembre sur le mariage pour tous par Mgr Gaschignard.

Vous avez essuyé des refus de la part de ces chefs d'établissement ?

Du tout. Il y a eu une seule protestation : celle d'un parent d'élève du lycée Saint-Jacques-de-Compostelle qui estimait que nous n'avions pas à entrer dans ce débat.

Et des réactions de la part des élus politiques locaux ?

Aucune, ni positive, ni négative.

Pensez-vous que la manifestation de dimanche dernier va infléchir le projet de loi ?

À titre personnel, j'espère que ce qui s'est passé le 13 janvier va faire bouger le gouvernement et qu'un débat réel et sérieux va pouvoir se mettre en place en sortant des clivages politiques. Je suis convaincu qu'il y a des choses à faire. Il n'est pas choquant que deux hommes ou deux femmes s'occupent d'un enfant. Mais nous sommes dans des cas d'espèce et il n'est pas nécessaire de s'attaquer à l'institution du mariage, avec les conséquences que cela aura pour les enfants, par une loi généraliste qui réglera les problèmes d'une minorité.

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