Malaise dans cette institution scolaire catholique de l'Essonne, le directeur accusé de "management brutal"

 Au sein des équipes de l'institution scolaire catholique Saint-Spire de Corbeil-Essonnes, des dizaines de personnes alertent. Une grève pourrait avoir lieu à la rentrée. 

 


 L’entrée du lycée Saint Léon de Corbeil-Essonnes, qui fait partie de l’institution essonnienne d’enseignement catholique Saint Spire. (©G.G./actu Essonne) 

Par Glenn Gillet Publié le 18 juil. 2025 à 16h26 

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« Ça a commencé à partir du premier jour où on l’a rencontré », raconte une membre du personnel de l’institution scolaire catholique Saint-Spire, qui fait partie du Syndicat professionnel de l’enseignement libre catholique (Spelc). « Ça », c’est l’ensemble des méthodes de « management brutal » attribuées par des dizaines de personnels travaillant au sein de l’institution à Rémy Cagnolo, à la tête depuis la rentrée 2023 de ce groupement scolaire qui compte cinq établissements scolaires privés sous contrat en Essonne (une école maternelle et primaire, un collège et un lycée à Corbeil-Essonnes ainsi qu’un collège et un lycée à Saint-Pierre-du-Perray). Le Spelc et la CGT estiment qu’il est raisonnable de penser qu’une récente tentative de suicide au sein des équipes pourrait avoir un lien avec les problèmes de management au sein de l’établissement.

46 personnels signataire d’une lettre de signalement

Courant avril, un écrit signé par 46 enseignants et personnels de vie scolaire de l’institution a été transmis au Spelc pour dénoncer des « faits pouvant relever de harcèlement, de discrimination et d’insuffisance professionnelle » attribués au directeur. Cet écrit intervient après de précédents signalements auprès de la direction diocésaine de l’enseignement en Essonne et du rectorat. Il compile de nombreux témoignages relatifs à des propos et divers comportements qu’aurait tenus Rémy Cagnolo, souvent devant d’autres personnes. Ces témoignages dressent le portrait d’un homme colérique et agressif, adepte de l’intimidation, qui multiplie les remarques humiliantes, menaçantes voire discriminatoires à l’encontre des membres de ses équipes, qui plus est lorsqu’ils auraient le malheur de ne pas répondre à ses attentes ou de lui tenir tête.

Une membre des équipes témoigne par exemple du cas d’une surveillante critiquée dans son dos et de manière véhémente pour un « décolleté » inexistant. Ou encore de celui surveillant d’origine maghrébine au parcours professionnel irréprochable qui, après avoir mis sa capuche dans la cour pour se protéger un jour de froid, aurait été accusé par Rémy Cagnolo d’avoir « une attitude de mec de quartier ». Ce même surveillant était ensuite critiqué pour avoir adressé quelques mots à un élève en arabe. Face à ces propos formulés dans le bureau du directeur en l’absence du surveillant, elle aurait exprimé son « désaccord ». Ce à quoi le chef de l’institution aurait notamment rétorqué : « j’aurais préféré qu’il parte ce personnel. Il y a donc plusieurs façons de procéder : la première, la rupture conventionnelle, la deuxième, le licenciement et la troisième, le licenciement pour faute ». Un adjoint de direction aurait alors abondé : « Peut-être que ce personnel a des soucis à l’extérieur de l’établissement et qu’il faut creuser de ce côté-là ». Des propos que le chef d’établissement aurait approuvés.

D’autres témoignages font état de menaces de diminution d’heures non justifiées et qui en viennent parfois à être appliquées, parfois sous la pression, de rétention d’informations à certains membres des équipes, de rappels à l’ordre des personnels osant prendre la défense de leurs collègues. Mis par des élus du Comité social et économique (CSE) face à certains des témoignages et au fait que ceux-ci pourraient caractériser des faits de « harcèlement moral » Rémy Cagnolo n’aurait pas accepté que son management soit remis en question : « Vous voulez la guerre ? Vous me menacez ? », aurait-il notamment lancé.

La direction se dédouane

Interrogés dans le cadre d’un CSE extraordinaire début 2025, Rémy Cagnolo et Isabelle Nogueira, cheffe des établissements du premier degré de Saint-Spire sous la houlette du directeur de l’institution, ont transmis une lettre à toutes les équipes pour assurer de l’« engagement de la direction pour un dialogue social constructif et le bien-être des salariés ». Les deux responsables expliquent avoir essayé, depuis leur prise de postes, de remédier aux problèmes internes et au « sentiment de défiance » qu’ils lient à des « pratiques antérieures ». Ils estiment aussi que « le changement peut susciter des craintes légitimes ».

Mais côté personnel, on estime que le problème n’est pas lié à un manque de dialogue ou de coopération mais bien aux méthodes de la direction et singulièrement de Rémy Cagnolo. « Je n’ai jamais vu ça », partage, sidérée, Sophie Provendier, présidente du Spelc Versailles, dont l’action porte sur tout le territoire de l’académie de Versailles, dont l’Essonne. Pour elle, il n’y a aucun doute sur le fait que ces méthodes sont représentatives d’un « management brutal ». « On veut sa démission, on veut que l’évêque lui enlève sa lettre de mission », c’est-à-dire ses fonctions, explique la responsable syndicale, exigeant par ailleurs qu’une enquête sérieuse soit menée. Elle annonce par ailleurs que si Rémy Cagnolo est maintenu dans ses fonctions à la rentrée, son syndicat appellera à une grève qui pourra durer jusqu’à ce qu’il parte.

Contactée à plusieurs reprises, Gérald Omnes, directeur de l’enseignement au sein du diocèse d’Evry Corbeil-Essonnes (zone qui couvre toute l’Essonne) n’a pas donné suite à nos sollicitations. Il est celui qui nomme et démet les chefs d’établissement, et donc celui qui a la main sur l’avenir du chef de l’institution Saint-Spire.

Auprès de France 3, il explique toutefois avoir « été alerté au mois d’avril de ces dysfonctionnements internes. Il y a plusieurs types de problématiques. Mais effectivement, il y a du stress au travail, de la surcharge de travail et puis il y a une partie où on accuse le chef d’établissement d’avoir un management qui est agressif. […] Quand j’ai eu le dossier, j’ai reçu une quinzaine de lettres de soutien au chef d’établissement qui contrebalançaient ce qu’on m’avait envoyé […] A l’heure d’aujourd’hui, qui croire ? »

Les représentants du personnel de Saint-Spire expliquent l’avoir rencontré au sein de l’établissement le 17 mars et ont à cette occasion lu un texte où il est précisé que « trois thématiques différentes entraînant de la souffrance ont été exprimées lors de cette consultation : la relation entre les parents et l’Institution, les relations avec notre directeur et le fonctionnement de l’établissement ». Concernant les difficultés liées aux relations avec la direction, il est souligné qu’elles « n’existaient pas il y a deux ans », avant donc la prise de poste de Rémy Cagnolo, qui est d’ailleurs critiqué pour son « manque d’écoute, de sensibilité » mais aussi pour des « procès d’intention » et des « modes de communication irrespectueux ». Il est souligné que « lors des échanges, notre directeur peut être très agressif. La colère ne devrait pas être un moyen de pression sur les équipes ».

« À la fin de cette réunion, à la question ‘Avez-vous compris qu’il y avait un problème de management ?’, Monsieur Omnes nous répond ‘J’ai compris qu’il y avait un malaise‘, ce qui nous laisse très sceptiques concernant la prise en compte de l’origine de notre mal-être », écrivent les représentants du personnel dans leur écrit signé par 46 personnes.

Un nouvel audit portant sur les risques psychosociaux

Puisque les établissements de l’institution sont sous contrat avec l’État, les enseignants ont le statut d’agents de droit public et le rectorat de Versailles a donc pour mission de « prévenir toute altération de la santé des agents du fait de leur travail ». Contacté, le rectorat assure avoir « connaissance » de la situation au sein de l’institution Saint-Spire et dit la suivre « attentivement » mais rappelle que « l’évaluation du management d’un chef d’établissement relève d’abord de son autorité de tutelle, en l’occurrence la direction diocésaine ».

« La direction diocésaine nous tient régulièrement informés des éléments portés à sa connaissance. À ce stade, elle nous a indiqué avoir diligenté un audit portant sur les risques psychosociaux au sein de l’établissement, dont elle est en train d’évaluer les suites possibles », explique le rectorat, en indiquant qu’« une délégation de représentants de personnels sera prochainement reçue au rectorat ».

 

Réaction du collectif StopSouffrancEC suite à la réponse du rectorat de Versailles

Le rectorat de Versailles rappelle que : « l’évaluation du management d’un chef d’établissement relève d’abord de son autorité de tutelle, en l’occurrence la direction diocésaine ». Très bien MAIS qui est garant de la santé des agents publics de l’état ? Le rectorat ! Il se doit donc de veiller à ce que le chef d’établissement soit respectueux l’encontre de son personnel et que ses méthodes de management n’impactent pas leur santé. Le rectorat ne peut pas continuer à se défausser de la sorte ! Qui donc protège les agents de droit public dans les murs du privé si rectorat et diocèses se renvoient la balle?

 

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