Amboise : un vent de fronde souffle au collège Sainte-Clotilde
Des parents d’élèves et des enseignants mettent en cause la direction de l’établissement privé, évoquant un climat « toxique » depuis plusieurs mois. La direction de l’enseignement diocésain reconnaît l’existence d’un « manque de confiance ».
Plainte, main courante, droit d’alerte
« La situation est aujourd’hui irrespirable et anxiogène. Il y a un manque de communication entre la direction et les professeurs, mais aussi en direction de la vie scolaire, qui dysfonctionne totalement » , confie un groupe d’enseignants qui accusent la direction d’instaurer « un mauvais climat de travail » . « La direction exerce un micromanagement toxique à un point tel que le conseil de direction, autrefois composé de plusieurs personnes, ne comprend plus que les directrices du collège et de l’école primaire. »
Du côté des parents, reviennent les mêmes mots : « malaise », « défiance », « peur des représailles ». « Il y a zéro communication, le climat est devenu malsain, la bienveillance a disparu. Le personnel est à bout, les élèves le ressentent », estime Anaïs (tous les prénoms ont été modifiés à la demande des parents), maman de deux élèves, qui réfléchit à les retirer, « si rien ne change ». « Plusieurs groupes de parents ressentent le même sentiment, sans même se connaître ni avoir communiqué entre eux. »
À en croire les parents et professeurs concernés, la situation dure depuis environ un an, et le conflit entre une famille et un professeur , qui a conduit au départ de celui-ci. Elle n’aurait cessé de se dégrader au cours des derniers mois. « Il y a eu plusieurs départs d’agents et de professeurs » , dit une enseignante, qui les chiffre à huit. « Pour l’année prochaine, il y a douze demandes de mutation, pour un contingent d’une vingtaine de professeurs. Depuis trois ans, nous sommes à au moins 50 % de demandes de mutation chaque année. »
Des accusations « mensongères »
Un chiffre que la directrice de Sainte-Clotilde ne commente pas, affirmant seulement qu’il n’est « peut-être pas exact ». Contactée par La Nouvelle République, Hélène L’Hôpital n’a pas non plus souhaité s’étendre sur les accusations de manque de communication. Elle les estime « mensongères » car « il y a des écrits, une réunion, une visite de tutelle » .
Cette visite de tutelle, composée de trois membres extérieurs à l’établissement, s’est déroulée au sein de l’institution, fin novembre 2024. Le compte rendu, assuré par le directeur diocésain, Bruno Chauvineau, début janvier, semble avoir encore creusé le fossé. « On nous a dit que si on n’était pas bien dans l’établissement, on pouvait partir. Cela fait dix ans que je travaille ici ! », s’indigne une enseignante.
Un nouveau développement est intervenu dans la foulée : un droit d’alerte a été lancé par le comité social et économique (CSE) auprès de l’Inspection du travail. Une mesure qui déclenche automatiquement l’ouverture d’une enquête psychosociale. Plusieurs enseignants ont été ou sont actuellement en arrêt maladie pour « burn out » ou « syndromes dépressifs ».
Toujours au mois de janvier, deux professeurs se sont rendus à la gendarmerie d’Amboise dans l’intention d’y porter plainte pour « harcèlement moral » contre la direction. La plainte s’est transformée en main courante, les militaires estimant qu’ils manquaient d’éléments concluants. Une plainte a, en revanche, bien été enregistrée : celle de parents dont l’enfant a été victime de harcèlement, qui accusent l’établissement de ne pas avoir suffisamment agi. Une enquête préliminaire a été ouverte, plusieurs parents ont été entendus. L’élève a été retirée du collège en février.
« Le départ de la directrice est la seule issue »
La directrice de Sainte-Clotilde dit ne pas avoir été informée de la main courante lui reprochant un « harcèlement moral ». Concernant la plainte de parents suite à des faits de harcèlement, elle répond que « les familles, malheureusement, vont de plus en plus rapidement porter plainte » .
Les professeurs et groupe de parents en première ligne se défendent de toute « chasse aux sorcières ». Mais ils estiment que seul un départ de la directrice pourrait désormais permettre d’apaiser la situation. « C’est malheureusement, aujourd’hui, la seule issue si nous voulons sauver l’établissement », affirme Esteban, un papa. « Cette mobilisation, c’est l’opération de la dernière chance pour nous » , soupire Estelle, une maman. « Nous aimons notre collège mais, si rien ne change, il y aura une hémorragie de départs d’élèves car énormément de familles sont à bout. »
Julien Proult

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